Par Frank Flinn
Il n’existe pas de définition absolue du culte pouvant être appliquée en toute impartialité à toutes les formes de religion. À la fin de l’introduction ci-dessus, j’ai noté, par rapport aux preuves de religion, que toute religion possède trois d’entre elles (un système de croyance, des pratiques religieuses et une communauté religieuse), d’une quelconque façon, même si aucune religion ne les présente de la même manière ou avec la même intensité. Ces variations sont ce qui rendent les religions uniques. Ainsi le Catholicisme romain, l’Orthodoxie orientale et le haut Anglicanisme attachent énormément d’importance aux rituels, y compris aux habits de cérémonie, aux processions, aux cierges, aux Hymnes, à l’eau bénite, à l’encens et ainsi de suite. À l’opposé, pour nombre de confessions protestantes, strictes comme les Brethrens, de telles formes d’ornements de cérémonie sont considérées comme un peu superstitieuses, si ce n’est totalement idolâtres. Dans ces branches du christianisme, le culte se réduit au prêche de la parole, à quelques hymnes peut-être et à la prière. Au sein des Sociétés Religieuses d’Amis (connues plus communément sous le nom de Quakers) la Réunion pour le Culte ne consiste pas du tout en des actes externes mais en un rassemblement en silence durant lequel les membres ont l’occasion de partager ou non, une brève parole d’inspiration. De même, le principal acte de culte dans les monastères bouddhistes est représenté par une méditation totalement silencieuse et durant de longues périodes de temps. Celle-ci est centrée non pas sur l’hommage d’une Divinité Suprême mais sur l’extinction du Moi et la libération des enchevêtrements de l’existence.
L’impossibilité d’identifier une quelconque définition fixe et rigide du culte impose que l’on garde une certaine flexibilité pour cette notion lors de l’étude comparative. La plupart des définitions offertes par les dictionnaires approchent ce problème, en incluant plusieurs idées sous le concept de culte. Tout d’abord, le culte se voit inclure les idées de « rites » et de « cérémonies ». Certains des spécialistes de la religion considèrent les rites et les rituels comme « transformateurs ». Par exemple, lors du rite chrétien de baptême, un initié passe d’un état (de péché) à un autre état (de grâce). Dans les sociétés primitives, les rites de passage transforment les néophytes de l’enfance vers la vie adulte. Le processus scientologue de l’audition faisant passer de l’état de « pré-clair » à celui de « clair » serait transformateur en ce sens. Réciproquement, les cérémonies sont considérées comme « conservatoires », en cela qu’elles affirment et confirment le statu quo. Souvent, diverses formes de Sabbath et de services dominicaux sont en ce sens des cérémonies. Les cérémonies confirment à la communauté de croyants son statut d’ensemble et son identité en tant que confession. Les rites et les cérémonies sont souvent, mais pas nécessairement toujours, accompagnés d’attirails élaborés, parmi lesquels on trouve des vêtements, de la danse, de la musique, des aspersions et des purifications sacrées, des sacrifices d’animaux et de nourriture, des gestes tels que des bénédictions et ainsi de suite.
Ensuite, les spécialistes en religion admettent universellement que les rites et les cérémonies ne peuvent pas être le but suprême du culte. Par conséquent, la plupart des définitions renferment d’autres notions telles que des « pratiques » , des « actes » et des « observances ». Ces autres notions sont mentionnées dans les définitions communes pour de bonnes raisons. Le culte des uns peut être la superstition des autres. Et ce qui peut apparaître au croyant d’une foi comme un acte sans signification (par exemple, le signe de croix pour un protestant) peut être un acte de dévotion pour un autre. Ainsi les chercheurs spécialisés dans la religion s’obligent à considérer les actes religieux dans le contexte de la totalité d’une religion spécifique, à savoir, en termes de buts et d’intentions ultimes d’un ensemble de croyants. Celui qui étudie les religions n’a pas à croire ce que le croyant croit, mais si il veut vraiment comprendre le phénomène religieux, il se doit de faire quelque peu l’effort de penser de la manière dont le croyant croit. C’est seulement de ce point de vue que ce spécialiste en religion peut arriver à déterminer quels actes, pratiques et observances représentent un culte, dans le contexte d’une communauté religieuse donnée.
Sous la définition élargie de culte religieux (actes, pratiques, observances), nous pouvons inclure des sujets tels que l’étude des textes sacrés, la formation d’autres personnes à l’étude et à la récitation de ces textes et diverses formes d’instruction religieuse. Certaines religions imprègnent même ces sortes d’actes avec des cérémonies sacrées. Au Japon, dans les monastères Zen, j’ai observé des novices Zen transportant cérémonieusement des copies du Sutra Lotus et les mémorisant avec solennité en les psalmodiant rituellement. L’étude du Talmud dans les « yeshivot » israélites revêt le même caractère rituel.
Dans de nombreuses variétés de culte religieux, le spécialiste universitaire peut détecter deux orientations fondamentales. Un des types de culte est centré sur plus de célébration et de rituel ; l’autre vers plus d’instruction et orienté vers la méditation.
La question de savoir si l’audition et la formation scientologues peuvent constituer des formes de culte peut naturellement venir à l’esprit des adhérents des religions occidentales couramment répandues, telles que le Judaïsme, le Christianisme et l’lslam. Au sein de ces religions, le culte est principalement, mais pas exclusivement, centré sur les célébrations publiques, les jours de jeûne, les sermons, le chant des hymnes, le Sabbath ou le culte dominical et sur diverses dévotions. Même si l’on peut identifier cette forme de culte comme largement représenté dans la religion orientale, il existe un courant fondamental sous-jacent dans les piétés orientales, attachant une grande importance à la méditation et à l’instruction. Tel que nous l’avons déjà mentionné, au sein de l’hindouisme Vedanta et du Bouddhisme Zen, le culte est centré non pas sur la célébration mais sur la méditation et l’étude des sutras, des manuels spirituels. Dans le zen, cette étude spirituelle s’accompagne souvent de méditation sur les koans, de courts adages concis et souvent contradictoires, qui aident le fervent à percer la coquille de la conscience ordinaire afin qu’il ou elle puisse atteindre le satori, l’édification soudaine.
Alors que la découverte et la codification de la technique de l’audition appartiennent exclusivement à L. Ron Hubbard, l’Église de Scientologie et L. Ron Hubbard lui-même, ont toujours admis les affinités que la Scientologie a avec certains des aspects de l’Hindouisme et du Bouddhisme plus particulièrement. La Scientologie partage avec ces deux traditions religieuses, la croyance commune que le processus central du salut repose dans le passage de l’ignorance à la connaissance, de l’enchevêtrement à la liberté et de l’obscurantisme et de la confusion à la clarté et la lumière. Il y a un certain nombre d’années, j’ai publié un article sur les relations entre la Scientologie et le Bouddhisme : Frank K. Flinn, La Scientologie en tant que Bouddhisme technologique (Scientology as Technological Buddhism) dans Joseph H. Fitcher, rédacteur, Alternatives to American Mainline Churches, New York, Paragon House, 1983, pages 89-110. En accord avec ces traditions orientales, la Scientologie, de façon tout à fait logique, entrevoit le culte non tant sous l’angle de la célébration et de la dévotion, mais plutôt sous celui de la méditation et de l’instruction, en soulignant la conscience, l’éclairement ou pour employer un terme scientologue la « mise au clair ».
Il est important de remarquer que la forme de culte revêtant un aspect de méditation et d’instruction est absente en Occident. Les Israélites orthodoxes pieux envisagent la fervente étude de la Torah ou Loi, comme une forme, si ce n’est comme la forme de culte.
En conséquence, les Israélites mettent en place des « yeshivot », consacrées à l’étude de la Torah et du Talmud. Une « yeshiva » n’est pas seulement un endroit d’éducation ordinaire ; c’est également un endroit de culte. De même les Musulmans ont mis en place des kuttabs et des madrassas pour l’étude fervente du Coran. D’une manière similaire, nombre d’ordres religieux et monastiques du Catholicisme romain, et plus particulièrement les Cisterciens et les Trappistes, consacrent une grande partie de leur dévotion à l’étude silencieuse des textes sacrés et à la méditation sur ceux-ci.
Cependant, dans l’ensemble, la méditation, l’étude et l’instruction sacrées ne sont pas autant perçues comme des formes de culte en Occident qu’en Orient. En Inde, il est commun que des personnes au crépuscule de leurs vies vendent tous leurs biens de valeur, se rendent en un lieu sacré tel que Varanasi (Benares) sur le Gange et passent le reste de leur vie à méditer sur les choses divines et occasionnellement à faire des pujas, des offrandes rituelles. Pour le commun des hindous, une telle méditation représente la plus haute forme de culte possible.
En dehors de ces discussions, il est parfaitement clair que la Scientologie revêt à la fois les formes typiques de la célébration de cérémonies et de culte et possède sa propre et unique forme de vie spirituelle : l’audition et l’entraînement. En comparaison et contraste, l’Église catholique romaine considère l’ensemble de ces sept sacrements comme des formes de culte. C’est pourquoi l’ensemble des sacrements sont principalement administrés, dans ses églises, par un clergé ordonné. Les sacrements ne sont administrés en dehors des églises que dans des circonstances spéciales comme l’aide aux malades. Les sept sacrements sont le baptême, la confirmation, la confession, la réconciliation ou confession, l’Eucharistie, le mariage, les ordres saints et l’onction des malades et des infirmes. Mais le « sacrement parmi les sacrements », pour les Catholiques romains est l’Eucharistie, communément appelée la Messe, ou sont célébrées la mort et la résurrection de Jésus-Christ et sa présence au sein de la communauté croyante.
Ainsi l’Église de Scientologie a aussi, pour ainsi dire, son « sacrement parmi les sacrements ». À savoir la technologie de l’audition et de la formation. Le principal but religieux de l’ensemble des scientologues pratiquants est de devenir « clair » et d’atteindre le statut de « Thétan opérant » et d’être cause sur la « vie, la pensée, la matière, l’énergie, l’espace et le temps ». Les moyens fondamentaux pour atteindre cela sont les différents niveaux et grades de la formation et de l’audition. L’importance que l’Eucharistie a auprès du Catholique romain se retrouve dans l’audition et la formation, pour le scientologue. De même que les Catholiques romains considèrent les sept sacrements comme les principaux moyens de salut, les scientologues considèrent la technologie d’audition et de formation comme constituant les moyens de base pour atteindre le salut, qu’ils décrivent comme la survie universelle de tous les êtres.
En ma qualité d’universitaire spécialisé dans la religion comparative, je voudrais répondre à la question : « Où les catholiques romains ont-ils des lieux de culte ? » , par la réponse : « Là où les sept sacrements sont administrés aux adhérents, bien sûr. » À la question : « Où les scientologues ont-ils des lieux de culte ? », je répondrai : « Là où l’audition et la formation sont administrées aux paroissiens selon les écrits scientologues, bien sûr. Les travaux de Hubbard sur la Dianétique et la Scientologie représentent les écritures sacrées de l’Église de Scientologie. La majorité de ces travaux est consacrée à ce que les scientologues appellent la technologie d’audition, la gestion et l’application de l’audition et de la formation aux adhérents. La véritable prépondérance donnée à l’audition dans les travaux de Hubbard convaincra tout spécialiste de la religion que l’audition et la formation sont les pratiques religieuses centrales et les principales formes de culte de l’Église de Scientologie.
En ma qualité d’universitaire spécialisé dans la religion comparative, je peux affirmer sans hésitation que l’audition et la formation constituent les formes centrales de culte, au sein du système de croyances des scientologues. Et, que les endroits où l’audition et la formation sont administrées aux adhérents sont, sans équivoque, les lieux de cultes de la Scientologie.