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23. novembre 2007

Scientologie : les caractéristiques d’une religion – système de croyance

En ce qui concerne le système de croyances de la Scientologie, il existe un matériel religieux très vaste dans lequel un universitaire intéressé doit s’orienter. De plus, la Scientologie, tout comme les autres traditions religieuses de l’histoire, se développe, a évolué et continue de le faire. On peut mentionner des ouvrages clés écrits par L. Ron Hubbard tels que « La Dianétique : la puissance de la pensée sur le corps « , « Scientologie, les Fondements de la pensée« , « Les conférences de Phoenix« , tout comme les volumineux manuels de formation et de gestion. Mais cela ne serait que la partie visible de l’iceberg représenté par les écritures de la Scientologie. À la base de tout, on trouve les écrits de L. Ron Hubbard qui constituent la seule source d’inspiration de toutes les doctrines scientologues concernant l’audition et la formation.

Suite aux interviews que j’ai effectués auprès de scientologues et d’après les études que j’ai faites de leurs Écritures, j’ai pu conclure que les membres de cette Église adhèrent à un credo de base, dans lequel ils reconnaissent que l’Homme est fondamentalement bon, que l’esprit peut être sauvé et que la guérison des souffrances à la fois spirituelles et physiques vient de l’esprit. In extenso, le credo affirme :

Nous, les membres de l’Église, croyons :

  • Que tous les hommes, quelle que soit leur race, couleur ou croyance, ont été créés avec des droits égaux ;
  • Que tous les hommes ont le droit inaliénable d’avoir leurs propres pratiques religieuses et de les exercer ;
  • Que tous les hommes ont le droit inaliénable de vivre leur propre vie ;
  • Que tous les hommes ont le droit inaliénable à leur santé mentale ;
  • Que tous les hommes ont le droit inaliénable d’avoir leur propre défense ;
  • Que tous les hommes ont le droit inaliénable de concevoir, choisir, assister ou soutenir leurs propres organisations, églises et gouvernements ;
  • Que tous les hommes ont le droit inaliénable de penser librement, de parler librement, d’écrire librement leurs propres opinions et de s’opposer, de se prononcer ou d’écrire sur les opinions des autres ;
  • Que tous les hommes ont le droit inaliénable de créer leur propre espèce ;
  • Que les âmes des hommes ont les droits des hommes ;
  • Que l’étude du mental et la guérison de maladies d’origine mentale ne devraient pas être séparées de la religion, ni tolérées dans les domaines non religieux ;
  • Et qu’aucun agent autre que Dieu n’a le pouvoir de suspendre ou de négliger ces droits, de façon ouverte ou couverte ;
  • Et nous, membres de l’Église, croyons : Que l’homme est fondamentalement bon ;
  • Qu’il cherche à survivre ;
  • Que sa vie dépend de lui-même, de ses semblables et de l’accomplissement de sa fraternité avec l’univers ;

Et nous, membres de l’Église, croyons que les lois de Dieu interdisent à l’homme :

  • De détruire sa propre espèce ;
  • De détruire la raison des autres ;
  • De détruire ou d’asservir l’âme d’un autre ;
  • De détruire ou de réduire la survie de ses compagnons ou de son groupe.
  • Et nous, membres de l’Église, croyons que l’esprit peut être sauvé et que seul l’esprit peut sauver ou guérir le corps.

Ce credo élabore et complète l’enseignement de la Scientologie sur les Huit Dynamiques. Une dynamique est un désir, une recherche ou une impulsion de survie, au niveau du Moi, du sexe (incluant la procréation en tant que famille), du groupe, de l’ensemble de l’humanité, de l’ensemble des choses vivantes, de tout l’univers physique, de l’esprit et pour finir, au niveau de l’Infini et de Dieu. Contrairement à certaines présentations publiques de la Scientologie, l’Église a toujours affirmé une croyance dans la dimension spirituelle et en particulier la croyance en un Être suprême. Les premières éditions de « Scientologie, les Fondements de la pensée » affirment expressément : « La Huitième Dynamique constitue le désir d’une existence en tant qu’Infini. Cela est également identifié comme l’Être suprême » (Fondements de la pensée, 1956). Il est attendu de la moyenne des croyants qu’ils se réalisent aussi complètement que possible, dans l’ensemble des huit dynamiques et obtiennent par là, une compréhension de l’Être suprême, ou comme les scientologues préfèrent le dire, de l’Infini.

Les scientologues définissent l’essence spirituelle de l’Homme comme un « thétan », ce qui est l’équivalent de la notion traditionnelle de l’âme. Ils croient que ce « thétan » est immortel et a habité différents corps au cours de « vies antérieures ». La doctrine scientologue de vies antérieures a de nombreuses affinités avec l’enseignement bouddhiste sur le samsara ou sur la transmigration de l’âme. J’en dirai plus sur l’âme, plus loin au paragraphe 16 (a).

Le credo de la Scientologie peut être comparé au credo classique chrétien de Nicaea (325 ap. J-C.), à la Confession luthérienne d’Augsburg (1530 ap. J.-C.) car, comme ces tout premiers credos, il définit à l’intention du croyant l’ultime propos de la vie et forme et détermine des codes de conduite et de culte conformes à ce credo. Il définit ainsi un ensemble d’adhérents qui souscrivent à ce credo. Tout comme les credos classiques, le Credo de l’Église de Scientologie donne un sens aux réalités transcendantales : l’âme, l’aberration spirituelle ou péché, le salut, la guérison par l’intermédiaire de l’esprit, la liberté du croyant et l’égalité spirituelle de tous.

D’après leur credo, les scientologues distinguent entre l’esprit « réactif » ou passif (inconscient) et l’esprit « analytique » ou actif. L’esprit réactif enregistre ce que les adhérents appellent des « engrammes ». Ce sont les traces spirituelles des maux, des blessures ou des chocs.

Il est dit que l’esprit réactif garde trace d’engrammes remontant à l’âge foetal et appartenant mêmes aux vies antérieures. La notion théologique des « engrammes » est très proche de la doctrine bouddhiste de la « trame d’enchevêtrement » remontant aux précédentes incarnations et entravant l’obtention de la connaissance totale. Les scientologues pensent qu’à moins de n’être libérés de ces engrammes, la capacité de survie de chacun aux niveaux des « huit dynamiques », joie, intelligence et bien-être spirituel est sérieusement atteinte. C’est en se fondant sur cette croyance ou cette connaissance spirituelle que les adhérents trouvent leur motivation pour passer par les nombreux niveaux d’audition et de formation, qui constitue la pratique religieuse centrale de la Scientologie. Je parlerai de l’audition et de formation avec de plus amples détails au paragraphe 16. On appelle « pré-clair » , le néophyte ou la personne qui commence le processus de l’audition/formation, et la personne qui n’a plus ses propres engrammes est appelée « clair ». Cette distinction peut être comparée à la distinction chrétienne entre le péché et la grâce et à la distinction bouddhiste entre la non-connaissane (sanskrit: avidya) et l’état de connaissance totale (bodhi).

Les scientologues ne parlent pas de l’état de clair simplement en termes de bien-être individuel. Ils pensent que l’audition et la formation ont un effet bénéfique sur la famille, le groupe, l’environnement et la sphère d’influence de la personne. En d’autres termes, l’effet bénéfique rejaillit sur l’ensemble des huit dynamiques. Les scientologues pensent également qu’il est de leur responsabilité d’améliorer le monde les entourant et qu’ils doivent aider leurs prochains à attendre l’état de « clair ». Ils pensent que lorsque suffisamment de personnes auront atteint l’état de clair, le propos central de la Scientologie, tel qu’énoncé par L. Ron Hubbard, sera réalisé : « Une civilisation sans démence, sans criminels et sans guerres où les individus compétents puissent prospérer, où les personnes honnêtes puissent exercer leurs droits et où l’homme soit libre de s’élever à des niveaux transcendants. » (Scientologie : Les Fondements de la pensée, 1956). Dans le cadre de cette quête visant à se défaire des conditions débouchant sur la non-confiance, la guerre d’auto-destruction, la Scientologie n’est pas différente de toutes les autres religions missionnaires ou évangélistes, à savoir le bouddhisme, le judaïsme, la chrétienté et l’Islam.

Trois des aspects des buts de la Scientologie visant à rendre la planète claire pour l’obtention d’une civilisation meilleure prouvent que le système de croyances de l’Église est pleinement fondé sur le modèle des autres grandes religions historiques, passées et contemporaines. Ces trois aspects sont a) son caractère missionnaire, b) son universalité et c) la notion de responsabilité et d’engagement ultime.

a) Premièrement, la quête religieuse de la Scientologie est envisagée en termes de mission sacrée, qui s’adresse à tous. Ainsi, les prophètes de la Bible tels qu’Amos, Isaïe et Jérémie eurent la révélation que leur mission était d’aller prêcher la paix, la justice et l’amour dans les nations du monde entier. De même, les missionnaires bouddhistes du deuxième siècle avant J.-C. ressentirent intérieurement un appel les poussant à aller répandre la parole de Bouddha en Extrême-Orient, à savoir en Chine, en Indochine, en Indonésie, en Corée et au Japon. Aujourd’hui, les missionnaires bouddhistes japonais répandent leur message en Europe et aux Amériques. Et, Jésus de Nazareth considérait son évangile comme ayant un but missionnaire ; en conséquence, il envoya ses disciples dans tous les pays. L’aspect missionnaire de l’Islam est si considérable qu’il représente à l’heure actuelle la religion historique se propageant le plus rapidement dans le monde, particulièrement en Afrique et en Asie orientale. Dans son effort de « mise au clair » de la planète dans le but d’une civilisation renouvelée, les efforts missionnaires de la Scientologie se conforment parfaitement au modèle des grandes religions.

b) Deuxièmement, la Scientologie considère sa mission en des termes universels. En conséquence, elle a décidé d’ouvrir des missions dans le monde entier, de façon à mettre la technologie d’audition et de formation à la disposition du monde entier. Le parallèle historique le plus évident avec une religion historique et traditionnelle, se trouve dans les instructions de Jésus à ses disciples: « Allez et enseignez à toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » (Matthieu 28-19). Au huitième siècle avant J.-C., le prophète israélite Amos fut poussé à répandre la parole de Dieu, non seulement à Judas et à Israël mais aussi à Damas, Gaza, Ashkelon, Tyre, Sidon et Edom qui étaient tous des états-villes ne partageant pas les croyances d’Israël dans le Dieu des Pères (Amos, chapitre 1-2). Aujourd’hui, les musulmans établissent des mosquées complètement opérationnelles dans des villes telles que Londres, Los Angeles, Toronto et même Séoul, car ils croient en la valeur universelle de la parole du Prophète Mohammed. De même, les chefs spirituels bouddhistes et hindous védantistes amènent en nos lieux leurs enseignements sacrés et leurs façons de vivre car ils sont convaincus de l’application universelle de leurs enseignements. Une fois encore, sous cet aspect, la Scientologie suit le modèle des religions historiques, en ce qui concerne la propagation mondiale de sa technique d’audition et de formation qui, selon les missionnaires scientologues, sera bénéfique à l’ensemble de l’humanité.

c) Troisièmement, le but avoué de la Scientologie est d’aider suffisamment de personnes à atteindre l’état de « clair », pour que la destinée de la civilisation en soit améliorée. Ce but a le caractère d’une préoccupation et d’un engagement ultimes. Chacune des grandes religions historiques possède un noyau d’enseignements qui est à la source de l’irrésistible motivation de ses fervents, les poussant à remplir leur mission religieuse à l’échelle du monde entier, avec un sentiment d’urgence et de finalité.

Pour le bouddhiste, ce noyau d’enseignements se résume en la notion religieuse de « libération » (moksa) des liens emmêlés du désir insatiable et dans l’octroi de la béatitude par la pensée non égoïste (nirvana). L’écrit bouddhiste, le Dbammapada, voit le Bouddha déclarer : « Tous les chevrons (de ma vieille maison) sont cassés, la poutre maîtresse est brisée ; mes pensées sont pures d’illusions ; j’ai conquis l’extinction de mon désir insatiable » (section 154). Le caractère ultime de ce réveil est ce qui a motivé dans le passé et ce qui motive aujourd’hui chaque moine ou missionnaire bouddhiste.

Comme je l’ai mentionné plus haut, la croyance scientologue dans les vies antérieures et dans la réincarnation est très proche de l’idée bouddhiste de samsara ; de même, la notion scientologue de « mise au clair » a de sérieuses affinités avec la croyance bouddhiste dans le « moska ». À l’image des missionnaires bouddhistes qui tentèrent dans le passé d’offrir à tous les êtres sensibles, la «libération des désirs insatiables de l’existence, le missionnaire scientologue tente d’offrir à tout un chacun l’opportunité de se débarrasser des engrammes entravant la survie universelle, la paix et l’abondance, en devenant « clair ».

Les Bouddhistes Zen au Japon, cherchent à atteindre le satori ou « l’éclairement soudain », pour l’ensemble de l’humanité et la force de leur croyance les a amenés à fonder des monastères aux Amériques et en Europe. La conviction musulmane dans le caractère ultime de la parole du Prophète Mohammed (résumée dans le grand « shahada » : « Il n’y a de Dieu autre qu’Allah, et Mohammed est son prophète »  fournit aux missionnaires de l’Islam la conviction nécessaire pour procéder à des conversions à l’échelle mondiale. Dans la tradition biblique, le noyau de croyance le plus fort qui motiva et continue à motiver l’activité missionnaire, se trouve dans la profonde croyance en l’idée que Dieu désire le salut ultime et la Rédemption universelle de toute l’humanité. Ainsi le prophète Isaïe voyait le salut divin de toutes les nations, dans la création d’une Jérusalem céleste sur terre, où tout le vivant vénérerait l’unique et véritable Dieu (Isaïe 66, 22-23).
Dans le Nouveau Testament, la Rédemption forgée par Dieu en Jésus-Christ est considérée par l’apôtre Paul, non seulement comme le salut des Chrétiens ou même comme celui de toute l’humanité, mais comme une promesse de libération universelle, de restauration et de re-création du cosmos lui-même (Romain 8,19-23). Dans ce contexte, la croyance scientologue en la mission de « mise au clair de la planète », visant à déboucher sur une civilisation renouvelée, correspond dans l’ensemble au caractère ultime de la conviction qui caractérise la motivation et la foi des plus grandes religions historiques du monde.

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16. novembre 2007

Les dynamiques et l’éthique

Par Régis Dericquebourg

La Scientologie traite de la force motrice de l’Univers et du sens de l’existence.
L’univers est mis en action par une pulsion dynamique qui est une force au service de la survie, laquelle est le principe même de l’existence. Elle varie selon les individus et les races. Elle dépend de la physiologie, de l’environnement et de l’expérience. Elle influence la ténacité de l’individu envers la vie et l’activité de l’intelligence considérée comme l’aptitude d’un individu, d’un groupe ou d’une race à résoudre les problèmes relatifs à la survie.

La moralité d’un individu se juge en fonction des actions qu’il accomplit en vue de la survie.
Dans cette perspective, le bien est ce qui est constructif, le mal est ce qui va à l’encontre de la survie. On peut noter que la morale scientologique n’est pas un ensemble de recommandations (morale close chez Bergson). Elle est le fruit d’une compréhension et d’une intériorisation du sens de la vie qui agit comme une boussole personnelle. Il s’agirait d’une morale ouverte.

Dans la Scientologie comme dans les groupes spiritualistes il n’y a pas de pêché. Il y a des erreurs qui sont des actions destructrices contre l’homme, contre la famille, contre la société, contre Dieu. Le repérage des fautes et la réparation de celles-ci font partie du travail d’éthique.

La pulsion dynamique devient plus complexe à mesure que l’organisme devient plus complexe. Chez l’homme « normal » (non aberré), elle se divise en huit domaines qui correspondent à des objectifs.

  1. La dynamique du soi consiste en une pulsion dynamique à survivre en tant qu’individu, à obtenir du plaisir et à éviter la douleur. Elle se rapporte à l’alimentation, aux vêtements, au logement, à l’ambition personnelle et aux objectifs généraux de l’individu.
  2. La dynamique du sexe dirige la procréation.
  3. La dynamique du groupe gouverne le domaine de la vie sociale. Elle favorise les conduites destinées à maintenir la survie du groupe auquel l’individu appartient.
  4. La dynamique de l’humanité englobe la survie de l’espèce.
  5. La dynamique de la vie pousse la personne à travailler pour la vie en elle-même. (Toutes les choses vivantes, plantes, animaux).
  6. La dynamique de l’univers physique est la pulsion de l’individu à accroître la survie de tout ce qui est matière, énergie, temps et espace.
  7. La dynamique de la pensée concerne la pulsion de l’individu à survivre en tant que pensée et en tant qu’être spirituel.
  8. La dynamique de la pensée universelle est la pulsion à survivre pour le créateur ou l’être suprême.

Seules les quatre premières dynamiques se rapportent à la Dianétique. Les autres, ajoutées en 1950, de caractère métaphysique sont traitées dans la Scientologie.

Le fidèle est invité à se mettre en accord avec toutes les dynamiques. Des questionnaires d’auto exploration lui permettent de faire le point sur sa condition dans chacune d’elle. Avec l’aide d’un ministre d’éthique, il recherche les moyens de remédier à des conditions défaillantes.

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08. novembre 2007

Comment les scientologues valident-ils leurs croyances ?

Par Régis Dericquebourg

Les écrits scientologiques fournissent des arguments pour valider (légitimer) la philosophie religieuse appliquée de Ron Hubbard. Une lecture attentive de l’argumentation montre qu’elle se situe du côté d’une adéquation entre la Scientologie et les idéaux et les pratiques de la société occidentale contemporaine.
La philosophie religieuse appliquée – qui n’est pas conçue comme une morale révélée mais comme le fruit du bon usage de la raison – reprend les valeurs et les idéaux de la société libérale : la réussite individuelle, la moralisation de la concurrence entre les hommes afin d’éviter la sauvagerie, la montée en puissance de l’économie, de la science et de la technique assurant le mieux-être, la foi en un progrès continu de la civilisation, foi en l’homme et en ses capacités, harmonie possible entre les buts individuels et les visées de la civilisation. La foi dans ces idéaux est justifiée par le caractère de l’homme : il est bon, par conséquent il aspire au bien c’est-à-dire à la survie maximale. S’il échoue à devenir plus puissant et à pratiquer une morale au service du progrès de la civilisation, c’est parce qu’il souffre d’aberrations auxquelles il peut remédier grâce à certaines techniques.

En somme, l’homme peut retrouver l’omniscience et l’omnipotence des esprits primordiaux et produire une humanité semblable au monde originel. Il y a là une forme d’utopie rétrogressive qui spiritualise le progrès en en faisant une avancée vers une société de parfaits ayant existé dans le passé. La philosophie religieuse appliquée fait appel à la responsabilité des hommes en leur proposant le choix entre une société sauvage s’ils ne changent pas et une société puissante, sans guerres ni violence, s’ils consentent à remédier à leurs aberrations. On le voit : Ron Hubbard propose une éthique de la responsabilité, une voie du bonheur, de l’efficacité, de la richesse et du développement personnel qui n’est pas éloignée de la philosophie des Lumières qui donne dans les sociétés avancées.

La philosophie religieuse appliquée est donc adéquate à la réalité empirique des sociétés capitalistes occidentales au plan du contenu. Elle l’est aussi dans son mode d’acquisition et dans sa forme. La formation religieuse scientologique est conforme aux modes d’apprentissage en vigueur dans les systèmes éducatifs : cours, sessions, exercices pratiques. L’édifice doctrinal de la Scientologie ressemble au savoir enseigné : les fidèles le jugent rationnel (il se présente comme une démonstration avec des concepts, des postulats, des axiomes) et scientifique (il existe un ensemble d’épais volumes qui permettent de suivre les chemins des découvertes – essais, erreurs, problèmes, résultats – de Ron Hubbard). Il passe par l’acquisition de techniques applicables immédiatement par chacun selon un protocole précis et sans surprise. Ce type de formation s’apparente dans la forme à l’instruction que les scientologues reçoivent dans le système scolaire et universitaire.

Les scientologues sont principalement des cadres supérieurs, des chefs d’entreprise, des membres des professions libérales, des professionnels du spectacle et du sport. Ils possèdent un niveau d’instruction secondaire ou supérieur. Les caractéristiques de la Scientologie que nous avons décrites précédemment permettent aux fidèles de se sentir en terrain familier grâce à l’éducation qu’ils ont reçu. On peut ajouter comme autre élément d’adéquation que la Scientologie s’adresse aux peurs des contemporains engendrées par la violence, les guerres, le péril nucléaire, la pollution, etc.
D’autre part, l’élan vital nécessaire à la réalisation des buts de la Scientologie est identifié à Dieu, ce qui de ce fait les légitime spirituellement. Pendant l’office dominical, le chapelain affirme que « l’ascension vers la Survie est par là-même une ascension vers Dieu »(6). On trouve là une conception énergétique du divin typique des mouvements métaphysiques (7).

En second lieu, la validation de la Scientologie repose sur la validation de ses techniques. Celles-ci passent par deux voies : l’expérimentation personnelle et l’expertise. L’homme qui applique la technologie de l’éthique et qui pratique la Scientologie doit améliorer son existence.

L’absence de résultats positifs n’invalide pas les techniques. Elles renvoient le fidèle à ses résistances, à ses difficultés relationnelles dans la société à manier les relations dans l’organisation ou à une mauvaise utilisation de la technique. Dans les deux cas, il est invité à persévérer car il y a toujours un moyen technique pour remédier à un problème. La Scientologie devrait réussir si elle est appliquée correctement. La technique standard est exposée dans une collection de volumes au format encyclopédique. L’application des techniques est standardisée, il suffit de suivre pas à pas les instructions pour obtenir un résultat. Elle ne nécessite aucun don  mais requiert une formation. La validation passe par l’expérimentation des techniques.

La réussite est sensée prouver la validité de la technique et par conséquent la philosophie religieuse appliquée puis la conception spirituelle qui sont en amont.

Nous avons voulu savoir si la légitimation de la Scientologie telle qu’elle apparaît dans son discours officiel ressortait du discours des adeptes. Pour cela nous avons réalisé une quinzaine d’entretiens avec des scientologues. Nous leur avons demandé pourquoi, selon eux, la Scientologie est vraie. Les fidèles interrogés ont entre cinq et vingt ans de pratique scientologique. Tous ont un niveau d’instruction élevé. Les arguments fournis peuvent se ranger en plusieurs catégories.

(6) Ron Hubbard : tout sur les radiations, Copenhague, New Era, 1984, 1ère ed. 1950.
(7) Cf. Rituel des cérémonies religieuses, polytypé.

   Entrees precedantes