L’ERREUR DE SEGERDAL
Par Bryan Wilson
La Scientologie est une religion, dont l’organisation n’est pas celle de communautés traditionnelles.
En une époque, où les églises établies commencent, à la lumière de la révolution contemporaine de la communication, à reconnaître les limites de la structure de congrégation et à tenter d’autres schémas de culte, la Scientologie, elle a déjà évoluée en une nouvelle procédure plus intensive de ministère spirituel.
La relation personnelle requise par l’audition et le système intensif de formation des auditeurs, représente un schéma de soins destinés à l’intention du progrès spirituel de chaque individu qui dépasse de loin toute pratique pastorale pouvant être offerte, par n’importe quelle forme conventionnelle de ministère religieux.
Contrairement à l’idée populaire, le statut des pratiques de la Scientologie, en leur qualité de culte, n’a pas encore été adressé à la justice.
Au cours d’une première affaire, Regina V Registrar-General Ex parte Segerdal and Another, en 1970, la question centrale fut de déterminer si un bâtiment que l’Église de Scientologie possédait à East Grinstead, pouvait bénéficier de la qualification de « lieu de rencontre pour le culte religieux », conformément au fait que les services que l’Église y tenait, étaient conformes aux critères présentés pour la détermination de ce qui constitue un culte, Parmi ces services, il y avait des sermons hebdomadaires et d’autres réunions, des baptêmes, des services funéraires et des cérémonies de mariage.
Même si, en cette affaire Lord Denning jugea que ces services spécifiques n’étaient pas constitutifs de culte, en réalité, le noyau de la pratique religieuse de l’Église de Scientologie réside dans les procédures d’audition et de formation.
Pour les scientologues, c’est lors de ces activités que le culte est célébré – lors de la communication avec la réalité spirituelle – et non pas lors des services considérés par la justice dans l’affaire Segerdal.
Bien sûr, de telles activités de culte, qui ne respectent pas une déité, peuvent ne pas être en conformité avec le modèle invoqué par la Cour, celle-ci ayant un culte chrétien à l’esprit, mais pour leurs praticiens, il s’agit bien de culte.
Il est apparent, au travers de ce qu’il fut suggéré ci-dessus, qu’en tout état de cause, les religions ne posent pas toutes le principe d’un Être suprême.
Dans l’affaire Segerdal, Lord Denning fit mention du Bouddhisme comme d’une exception au principe qu’il acceptait et admit la possibilité d’autres cas. Pourquoi la Scientologie n’en serait – elle pas un ? S’il y a des exceptions, est-ce que cela ne remet pas en question le principe en lui-même et est-ce que la définition alors employée ne s’en trouve pas annulée ?
La tendance qu’il y a à revenir, en dépit de la discussion d’exceptions, au concept d’un Être suprême comme d’un élément constitutif nécessaire d’un culte, indique dans quelle mesure les préjugés culturels persistent, même en présence de preuves contraires provenant d’autres cultures.
En fait, il est certain que la Scientologie reconnaît un Être suprême mais elle conçoit cette entité comme quelque chose qui ne peut pas être facilement appréhendée et avec qui la communication, en l’état actuel de connaissance humaine est rare.
Ainsi, alors que la Scientologie pose le postulat d’un Être suprême, elle ne présume pas que les hommes puissent normalement prétendre à avoir une connaissance intime de cet être.
Cette attitude constitue en elle-même une forme d’humilité qui parfois manque dans les religions où les individus sont encouragés à déclarer effrontément qu’ils connaissent la volonté et l’esprit de Dieu.
Dans l’optique de cette approche limitée de l’Être suprême, les attitudes de dépendance, fréquentes dans le Christianisme jointes à celles de supplication, vénération, louanges et intervention, deviennent non appropriées. Elles ne le seraient également pour les Chrétiens qui adhèrent à la formulation de la définition de l’Être suprême, avancée par les théologiens modernes (voir Les récentes réévaluations théologiques de Dieu).
Le respect ne manque pas aux scientologues qui considèrent la création en elle-même, comme une chose en étant digne, mais sans un Dieu conçu en des termes anthropomorphes, les éléments et la forme du culte, présents dans la tradition judéo – chrétienne – islamique, sont inapplicables.
Quand l’essence du culte est considérée comme son propos et ses objectifs et non pas comme sa forme extérieure, il n’est pas difficile d’admettre que les pratiques scientologues constituent une forme de culte.
