Par Bryan Wilson
Conformément aux précédentes considérations, nous allons maintenant indiquer, en termes abstraits et généraux, les principales caractéristiques religieuses. Ce qui suit n’a pas la prétention de constituer une définition applicable universellement, mais plutôt l’énumération des caractéristiques et des fonctions fréquemment trouvées dans les religions et qui sont identifiées comme telles. Il s’agit :
(a) de la croyance en une entité (ou déités) qui transcende(nt) la perception normale des sens, croyance qui peut même inclure le principe d’un ordre entier d’êtres ;
(b) de la croyance qu’une telle entité affecte non seulement le monde naturel et l’ordre social mais opère directement sur lui et fut même éventuellement l’origine de sa création ;
(c) de la croyance qu’à un certain point dans le passé, une intervention surnaturelle explicite s’est produite dans les affaires humaines ;
(d) du fait que les entités surnaturelles sont regardées comme ayant dirigé l’histoire et la destinée humaine ; lors de la représentation anthropomorphe de ces entités, on leur accorde généralement des propos définis ;
(e) de la croyance entretenue que la fortune d’un homme, au cours de sa vie et au cours de sa ou ses vies futures, dépend des relations établies, avec ou en conformité avec de telles agences transcendantales ;
(f) du fait qu’il est souvent (mais pas toujours) cru qu’alors que les agences transcendantales dirigent éventuellement la destiné d’un individu, celui-ci peut, en se comportant suivant les normes prescrites, influencer les événements qu’il rencontre dans cette vie ou dans sa ou ses vies futures ou dans les deux ;
(g) du fait qu’il y a des actions prescrites pour les performances individuelles, collectives et représentatives ou, autrement dit, des rituels ;
(h) du fait que des éléments d’actions d’apaisement persistent (même dans les religions développées), au travers desquels des individus ou des groupes peuvent implorer l’assistance spéciale des entités surnaturelles ;
(i) des expressions de dévotion, de gratitude, d’hommage et d’obédience sont offertes par les croyants ou dans certains cas, leur sont imposées, généralement en présence des représentations symboliques de l’agence ou des agences surnaturelles de la foi ;
(j) du fait que le langage, les objets, les endroits ou les saisons, particulièrement identifiés avec le surnaturel, deviennent sacralisés et peuvent devenir en eux-mêmes des objets de vénération ;
(k) du fait que, régulièrement, des rites ou expositions, des expressions de dévotion, des célébrations, des jeûnes, des pénitences collectives, des pèlerinages et des reconstitutions ou commémorations d’épisodes de la vie terrestre des divinités, des prophètes ou des guides spirituels sont accomplis ;
(1) du fait que les situations de vénération et d’exposition aux enseignements aboutissent à l’établissement d’un sens communautaire et de relations de bienveillance, de camaraderie et de commune identité;
(m) du fait que des règles morales sont souvent en vigueur parmi les croyants, même si les domaines de leur préoccupation varient ; il se peut qu’elles soient formulées en des termes légalistiques ou ritualistes ou qu’elles soient plutôt exprimées en tant que conformité à l’esprit d’une plus haute moralité moins spécifique ;
(n) du fait qu’il soit requis de façon normative un sérieux de propos, un engagement maintenu et une dévotion à vie ;
(o) du fait que suivant leur conduite, les croyants accumulent des mérites ou des blâmes auxquels un système économique moral de récompenses ou de punitions, est rattaché. Le lien précis entre l’action et la conséquence va des effets automatiques de causes données, à la croyance que l’on peut annuler un démérite personnel par des actes de dévotion ou des actes rituels, par la confession et le repentir ou par une intervention spéciale des agents surnaturels ;
(p) du fait qu’il existe généralement une classe spécifique de fonctionnaires religieux en charge de la garde des objets, des écritures et des endroits sacrés ; des spécialistes dans la direction doctrinale, rituelle et pastorale ;
(q) du fait que de tels spécialistes sont habituellement payés pour leurs services, que ce soit par tribut, par récompense pour des services spécifiques ou par traitement institutionnel ;
(r) du fait que lors de la dévotion des spécialistes à la systématisation de la doctrine, il est régulièrement prétendu que la connaissance religieuse apporte une solution à tous les problèmes et une explication à la signification et au propos de la vie, incluant souvent des explications aux buts précis sur l’origine et le fonctionnement de l’univers physique et de la psychologie humaine ;
(s) du fait que la connaissance et les institutions religieuses sont déclarées légitimes, par référence à la révélation et à la tradition : l’innovation est habituellement justifiée sous forme de restauration ; et
(t) du fait que la prétention à la vérité de l’enseignement et de l’efficacité des rituels est en dernière analyse transcendante, et que la foi est requise en ce qui concerne à la fois des buts et des moyens arbitraires recommandés à cause de leurs résultats.
Les points mentionnés ci-dessus ne doivent pas être considérés comme des conditions sine qua non, mais comme des probabilités. Ils constituent un phénomène fréquemment identifié empiriquement. Il convient de les considérer comme un inventaire de probabilités.