En ce qui concerne le système de croyances de la Scientologie, il existe un matériel religieux très vaste dans lequel un universitaire intéressé doit s’orienter. De plus, la Scientologie, tout comme les autres traditions religieuses de l’histoire, se développe, a évolué et continue de le faire. On peut mentionner des ouvrages clés écrits par L. Ron Hubbard tels que « La Dianétique : la puissance de la pensée sur le corps « , « Scientologie, les Fondements de la pensée« , « Les conférences de Phoenix« , tout comme les volumineux manuels de formation et de gestion. Mais cela ne serait que la partie visible de l’iceberg représenté par les écritures de la Scientologie. À la base de tout, on trouve les écrits de L. Ron Hubbard qui constituent la seule source d’inspiration de toutes les doctrines scientologues concernant l’audition et la formation.
Suite aux interviews que j’ai effectués auprès de scientologues et d’après les études que j’ai faites de leurs Écritures, j’ai pu conclure que les membres de cette Église adhèrent à un credo de base, dans lequel ils reconnaissent que l’Homme est fondamentalement bon, que l’esprit peut être sauvé et que la guérison des souffrances à la fois spirituelles et physiques vient de l’esprit. In extenso, le credo affirme :
Nous, les membres de l’Église, croyons :
- Que tous les hommes, quelle que soit leur race, couleur ou croyance, ont été créés avec des droits égaux ;
- Que tous les hommes ont le droit inaliénable d’avoir leurs propres pratiques religieuses et de les exercer ;
- Que tous les hommes ont le droit inaliénable de vivre leur propre vie ;
- Que tous les hommes ont le droit inaliénable à leur santé mentale ;
- Que tous les hommes ont le droit inaliénable d’avoir leur propre défense ;
- Que tous les hommes ont le droit inaliénable de concevoir, choisir, assister ou soutenir leurs propres organisations, églises et gouvernements ;
- Que tous les hommes ont le droit inaliénable de penser librement, de parler librement, d’écrire librement leurs propres opinions et de s’opposer, de se prononcer ou d’écrire sur les opinions des autres ;
- Que tous les hommes ont le droit inaliénable de créer leur propre espèce ;
- Que les âmes des hommes ont les droits des hommes ;
- Que l’étude du mental et la guérison de maladies d’origine mentale ne devraient pas être séparées de la religion, ni tolérées dans les domaines non religieux ;
- Et qu’aucun agent autre que Dieu n’a le pouvoir de suspendre ou de négliger ces droits, de façon ouverte ou couverte ;
- Et nous, membres de l’Église, croyons : Que l’homme est fondamentalement bon ;
- Qu’il cherche à survivre ;
- Que sa vie dépend de lui-même, de ses semblables et de l’accomplissement de sa fraternité avec l’univers ;
Et nous, membres de l’Église, croyons que les lois de Dieu interdisent à l’homme :
- De détruire sa propre espèce ;
- De détruire la raison des autres ;
- De détruire ou d’asservir l’âme d’un autre ;
- De détruire ou de réduire la survie de ses compagnons ou de son groupe.
- Et nous, membres de l’Église, croyons que l’esprit peut être sauvé et que seul l’esprit peut sauver ou guérir le corps.
Ce credo élabore et complète l’enseignement de la Scientologie sur les Huit Dynamiques. Une dynamique est un désir, une recherche ou une impulsion de survie, au niveau du Moi, du sexe (incluant la procréation en tant que famille), du groupe, de l’ensemble de l’humanité, de l’ensemble des choses vivantes, de tout l’univers physique, de l’esprit et pour finir, au niveau de l’Infini et de Dieu. Contrairement à certaines présentations publiques de la Scientologie, l’Église a toujours affirmé une croyance dans la dimension spirituelle et en particulier la croyance en un Être suprême. Les premières éditions de « Scientologie, les Fondements de la pensée » affirment expressément : « La Huitième Dynamique constitue le désir d’une existence en tant qu’Infini. Cela est également identifié comme l’Être suprême » (Fondements de la pensée, 1956). Il est attendu de la moyenne des croyants qu’ils se réalisent aussi complètement que possible, dans l’ensemble des huit dynamiques et obtiennent par là, une compréhension de l’Être suprême, ou comme les scientologues préfèrent le dire, de l’Infini.
Les scientologues définissent l’essence spirituelle de l’Homme comme un « thétan », ce qui est l’équivalent de la notion traditionnelle de l’âme. Ils croient que ce « thétan » est immortel et a habité différents corps au cours de « vies antérieures ». La doctrine scientologue de vies antérieures a de nombreuses affinités avec l’enseignement bouddhiste sur le samsara ou sur la transmigration de l’âme. J’en dirai plus sur l’âme, plus loin au paragraphe 16 (a).
Le credo de la Scientologie peut être comparé au credo classique chrétien de Nicaea (325 ap. J-C.), à la Confession luthérienne d’Augsburg (1530 ap. J.-C.) car, comme ces tout premiers credos, il définit à l’intention du croyant l’ultime propos de la vie et forme et détermine des codes de conduite et de culte conformes à ce credo. Il définit ainsi un ensemble d’adhérents qui souscrivent à ce credo. Tout comme les credos classiques, le Credo de l’Église de Scientologie donne un sens aux réalités transcendantales : l’âme, l’aberration spirituelle ou péché, le salut, la guérison par l’intermédiaire de l’esprit, la liberté du croyant et l’égalité spirituelle de tous.
D’après leur credo, les scientologues distinguent entre l’esprit « réactif » ou passif (inconscient) et l’esprit « analytique » ou actif. L’esprit réactif enregistre ce que les adhérents appellent des « engrammes ». Ce sont les traces spirituelles des maux, des blessures ou des chocs.
Il est dit que l’esprit réactif garde trace d’engrammes remontant à l’âge foetal et appartenant mêmes aux vies antérieures. La notion théologique des « engrammes » est très proche de la doctrine bouddhiste de la « trame d’enchevêtrement » remontant aux précédentes incarnations et entravant l’obtention de la connaissance totale. Les scientologues pensent qu’à moins de n’être libérés de ces engrammes, la capacité de survie de chacun aux niveaux des « huit dynamiques », joie, intelligence et bien-être spirituel est sérieusement atteinte. C’est en se fondant sur cette croyance ou cette connaissance spirituelle que les adhérents trouvent leur motivation pour passer par les nombreux niveaux d’audition et de formation, qui constitue la pratique religieuse centrale de la Scientologie. Je parlerai de l’audition et de formation avec de plus amples détails au paragraphe 16. On appelle « pré-clair » , le néophyte ou la personne qui commence le processus de l’audition/formation, et la personne qui n’a plus ses propres engrammes est appelée « clair ». Cette distinction peut être comparée à la distinction chrétienne entre le péché et la grâce et à la distinction bouddhiste entre la non-connaissane (sanskrit: avidya) et l’état de connaissance totale (bodhi).
Les scientologues ne parlent pas de l’état de clair simplement en termes de bien-être individuel. Ils pensent que l’audition et la formation ont un effet bénéfique sur la famille, le groupe, l’environnement et la sphère d’influence de la personne. En d’autres termes, l’effet bénéfique rejaillit sur l’ensemble des huit dynamiques. Les scientologues pensent également qu’il est de leur responsabilité d’améliorer le monde les entourant et qu’ils doivent aider leurs prochains à attendre l’état de « clair ». Ils pensent que lorsque suffisamment de personnes auront atteint l’état de clair, le propos central de la Scientologie, tel qu’énoncé par L. Ron Hubbard, sera réalisé : « Une civilisation sans démence, sans criminels et sans guerres où les individus compétents puissent prospérer, où les personnes honnêtes puissent exercer leurs droits et où l’homme soit libre de s’élever à des niveaux transcendants. » (Scientologie : Les Fondements de la pensée, 1956). Dans le cadre de cette quête visant à se défaire des conditions débouchant sur la non-confiance, la guerre d’auto-destruction, la Scientologie n’est pas différente de toutes les autres religions missionnaires ou évangélistes, à savoir le bouddhisme, le judaïsme, la chrétienté et l’Islam.
Trois des aspects des buts de la Scientologie visant à rendre la planète claire pour l’obtention d’une civilisation meilleure prouvent que le système de croyances de l’Église est pleinement fondé sur le modèle des autres grandes religions historiques, passées et contemporaines. Ces trois aspects sont a) son caractère missionnaire, b) son universalité et c) la notion de responsabilité et d’engagement ultime.
a) Premièrement, la quête religieuse de la Scientologie est envisagée en termes de mission sacrée, qui s’adresse à tous. Ainsi, les prophètes de la Bible tels qu’Amos, Isaïe et Jérémie eurent la révélation que leur mission était d’aller prêcher la paix, la justice et l’amour dans les nations du monde entier. De même, les missionnaires bouddhistes du deuxième siècle avant J.-C. ressentirent intérieurement un appel les poussant à aller répandre la parole de Bouddha en Extrême-Orient, à savoir en Chine, en Indochine, en Indonésie, en Corée et au Japon. Aujourd’hui, les missionnaires bouddhistes japonais répandent leur message en Europe et aux Amériques. Et, Jésus de Nazareth considérait son évangile comme ayant un but missionnaire ; en conséquence, il envoya ses disciples dans tous les pays. L’aspect missionnaire de l’Islam est si considérable qu’il représente à l’heure actuelle la religion historique se propageant le plus rapidement dans le monde, particulièrement en Afrique et en Asie orientale. Dans son effort de « mise au clair » de la planète dans le but d’une civilisation renouvelée, les efforts missionnaires de la Scientologie se conforment parfaitement au modèle des grandes religions.
b) Deuxièmement, la Scientologie considère sa mission en des termes universels. En conséquence, elle a décidé d’ouvrir des missions dans le monde entier, de façon à mettre la technologie d’audition et de formation à la disposition du monde entier. Le parallèle historique le plus évident avec une religion historique et traditionnelle, se trouve dans les instructions de Jésus à ses disciples: « Allez et enseignez à toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » (Matthieu 28-19). Au huitième siècle avant J.-C., le prophète israélite Amos fut poussé à répandre la parole de Dieu, non seulement à Judas et à Israël mais aussi à Damas, Gaza, Ashkelon, Tyre, Sidon et Edom qui étaient tous des états-villes ne partageant pas les croyances d’Israël dans le Dieu des Pères (Amos, chapitre 1-2). Aujourd’hui, les musulmans établissent des mosquées complètement opérationnelles dans des villes telles que Londres, Los Angeles, Toronto et même Séoul, car ils croient en la valeur universelle de la parole du Prophète Mohammed. De même, les chefs spirituels bouddhistes et hindous védantistes amènent en nos lieux leurs enseignements sacrés et leurs façons de vivre car ils sont convaincus de l’application universelle de leurs enseignements. Une fois encore, sous cet aspect, la Scientologie suit le modèle des religions historiques, en ce qui concerne la propagation mondiale de sa technique d’audition et de formation qui, selon les missionnaires scientologues, sera bénéfique à l’ensemble de l’humanité.
c) Troisièmement, le but avoué de la Scientologie est d’aider suffisamment de personnes à atteindre l’état de « clair », pour que la destinée de la civilisation en soit améliorée. Ce but a le caractère d’une préoccupation et d’un engagement ultimes. Chacune des grandes religions historiques possède un noyau d’enseignements qui est à la source de l’irrésistible motivation de ses fervents, les poussant à remplir leur mission religieuse à l’échelle du monde entier, avec un sentiment d’urgence et de finalité.
Pour le bouddhiste, ce noyau d’enseignements se résume en la notion religieuse de « libération » (moksa) des liens emmêlés du désir insatiable et dans l’octroi de la béatitude par la pensée non égoïste (nirvana). L’écrit bouddhiste, le Dbammapada, voit le Bouddha déclarer : « Tous les chevrons (de ma vieille maison) sont cassés, la poutre maîtresse est brisée ; mes pensées sont pures d’illusions ; j’ai conquis l’extinction de mon désir insatiable » (section 154). Le caractère ultime de ce réveil est ce qui a motivé dans le passé et ce qui motive aujourd’hui chaque moine ou missionnaire bouddhiste.
Comme je l’ai mentionné plus haut, la croyance scientologue dans les vies antérieures et dans la réincarnation est très proche de l’idée bouddhiste de samsara ; de même, la notion scientologue de « mise au clair » a de sérieuses affinités avec la croyance bouddhiste dans le « moska ». À l’image des missionnaires bouddhistes qui tentèrent dans le passé d’offrir à tous les êtres sensibles, la «libération des désirs insatiables de l’existence, le missionnaire scientologue tente d’offrir à tout un chacun l’opportunité de se débarrasser des engrammes entravant la survie universelle, la paix et l’abondance, en devenant « clair ».
Les Bouddhistes Zen au Japon, cherchent à atteindre le satori ou « l’éclairement soudain », pour l’ensemble de l’humanité et la force de leur croyance les a amenés à fonder des monastères aux Amériques et en Europe. La conviction musulmane dans le caractère ultime de la parole du Prophète Mohammed (résumée dans le grand « shahada » : « Il n’y a de Dieu autre qu’Allah, et Mohammed est son prophète » fournit aux missionnaires de l’Islam la conviction nécessaire pour procéder à des conversions à l’échelle mondiale. Dans la tradition biblique, le noyau de croyance le plus fort qui motiva et continue à motiver l’activité missionnaire, se trouve dans la profonde croyance en l’idée que Dieu désire le salut ultime et la Rédemption universelle de toute l’humanité. Ainsi le prophète Isaïe voyait le salut divin de toutes les nations, dans la création d’une Jérusalem céleste sur terre, où tout le vivant vénérerait l’unique et véritable Dieu (Isaïe 66, 22-23).
Dans le Nouveau Testament, la Rédemption forgée par Dieu en Jésus-Christ est considérée par l’apôtre Paul, non seulement comme le salut des Chrétiens ou même comme celui de toute l’humanité, mais comme une promesse de libération universelle, de restauration et de re-création du cosmos lui-même (Romain 8,19-23). Dans ce contexte, la croyance scientologue en la mission de « mise au clair de la planète », visant à déboucher sur une civilisation renouvelée, correspond dans l’ensemble au caractère ultime de la conviction qui caractérise la motivation et la foi des plus grandes religions historiques du monde.