Professeur à la faculté de théologie catholique de Paris Couvent Saint-Jacques, Ordre des Dominicains
C’est à double titre que j’ai lu, avec un vif intérêt, les documents que vous m’avez envoyés pour faire connaître la « Scientologie ». D’abord comme historien, donnant une attention spécifique à l’efficacité des valeurs religieuses dans les structures et les comportements socio-économiques. Puis comme chrétien, soucieux de repérer, dans un dialogue franc et vrai, les valeurs des autres religions. Comme vous le savez, depuis le concile tenu par l’Eglise Catholique (1962 – 1965), le dialogue est devenu à l’encontre du dogmatisme belliqueux d’autrefois, la loi de la rencontre avec les non chrétiens, et même les non-croyants. J’ai donc fait un joyeux profit des textes que vous m’avez communiqués.
Ainsi j’ai apprécié et approuvé le Credo de l’Eglise de Scientologie, tant comme manifeste des droits de l’homme dans la société présente, que comme énoncé religieux.
J’ai apprécié aussi l’orientation de la psychologie (dans la brochure Fondements de la pensée, p.11 et ss.) ; cela me rappelle le temps où, jeune étudiant, on m’enseignait la psychologie de Wundt. Je pense que l’union de l’âme et du corps est telle que ni le matérialisme, ni le « spiritualisme », n’en rendent compte adéquatement. Cf. votre notice sur Saint Thomas d’Aquin.
La « Scientologie » est-elle une religion ? Oui, car le terme « religion » couvre toute attitude humaine qui implique un dépassement de l’homme vers un « Etre suprême », considéré comme créateur. Ce vocable d’être suprême relève du « déisme », qui, selon ma foi chrétienne, est facilement aliénateur (cf. la critique du Marxisme) ; mais cette position personnelle ne m’amène pas à contester la valeur psychologique, morale, religieuse, de cette référence radicale à un créateur, même si on ne la personnalise pas.
Ainsi vaut le beau vocable ancien de « sagesse ».
J’observe cependant les limites de cette Scientologie : le mot lui-même est obscur dans la langue française ; et son contenu est très marqué par la mentalité américaine.
Agréez, je vous prie, avec mon dévouement, mes sentiments de cordial respect.
Marie-Dominique Chenu