Scientologie : Les caractéristiques d’une religion – communauté d’église
De même que toutes les religions qui me sont connues, la Scientologie possède une vie communautaire et une organisation ecclésiastique qui fonctionne à la fois dans un but de conservation et d’expression de son système de croyances et dans celui de l’encouragement des pratiques religieuses. En termes ecclésiastiques, l’Église de Scientologie se présente comme une organisation hiérarchique plutôt que comme une congrégation. Les religions de congrégation exercent leur autorité en élisant localement des ministres pour leurs églises, en votant la nouvelle formulation des systèmes de croyances (credos), les pratiques religieuses et l’administration politique de l’Église. La plupart des confessions protestantes présentes aux États-Unis sont administrées sous forme de congrégation. Elles exercent, en quelque sorte, leur autorité de la base vers le sommet. À l’opposé, les religions hiérarchiques exercent leur autorité par nomination et délégation du sommet vers la base, soit en partant d’une figure religieuse centrale, comme le Souverain Pontife dans le Catholicisme romain et le Dalaï-Lama dans le Bouddhisme tibétain, soit en partant d’un corps exécutif central, comme un synode d’évêques ou un conseil d’anciens. Mon étude de l’Église de Scientologie m’a montré qu’elle suit le type classique d’administration hiérarchique ecclésiastique.
Je vais maintenant exposer brièvement l’organisation de l’Église de Scientologie. L. Ron Hubbard, décédé en 1986, était et reste l’unique source de la doctrine et de la technologie religieuse scientologue, y compris pour les niveaux supérieurs de thétan opérant. Au sein de l’Église de Scientologie, la plus haute autorité ecclésiastique est exercée par l’Église de Scientologie Internationale (Church of Scientology International « CSI ») et par le Centre de Technologie Religieuse (Religious Technology Center « RTC »). La CSI est « l’église mère » et a la principale responsabilité de la propagation du credo scientologue dans le monde. La toute première fonction du RTC est de conserver, de maintenir et de protéger la pureté de la technique scientologue et de s’assurer que son application est correcte et éthique, en accord avec les principes de la foi. Le RTC fonctionne de façon très similaire à la Congrégation pour la doctrine de la foi, identifiée dans le Catholicisme romain.
Au-dessous de la CSI et du RTC on trouve les Missions scientologues Internationales (Scientology Missions International « SMI »), qui assument les fonctions d’église mère pour les missions, du monde entier. Cette structure est très similaire à la « First Church of Christian Science » qui est située à Boston et qui sert également d’église mère à toutes les autres églises de la Science chrétienne. Pour toutes les disputes doctrinales, le RTC constitue l’ultime et finale cour d’appel de la Scientologie, tout comme le Vatican et ses congrégations constituent les cours d’appel souveraines dans le Catholicisme romain.
Il me faut également ici mentionner la Sea Org(anisation). La « Sea Org » est composée de membres de l’Église de Scientologie qui font voeu de servir pour un milliard d’années signifiant ainsi leur engagement à servir l’Église pour la durée de cette vie et de nombreuses vies à venir. La « Sea Org » est devenue à la Scientologie ce que les jésuites sont au Catholicisme romain. C’est des rangs de la « Sea Org » que sont sortis pratiquement tous les dirigeants de l’Église.
La Scientologie se décrit comme « une philosophie religieuse appliquée ». Certains se sont servis de cette phrase pour argumenter que la Scientologie n’est pas une religion. Mais, comme indiqué plus avant, mes recherches sur les enseignements de l’Église et les interviews que j’ai conduits auprès de ses membres, montrent au delà de tout doute raisonnable que la Scientologie possède tous les attributs communs aux religions à travers l’histoire : un système de croyances bien défini, des pratiques religieuses constantes et une administration ecclésiastique et hiérarchique. De plus, le mot « philosophie » peut avoir plusieurs significations et n’est pas incompatible avec le mot « religion ». Littéralement, le mot « philosophie » veut dire « amour de la sagesse » et toutes les religions connues du genre humain prêchent une quelconque sorte de « sagesse » ou perception de l’ultime vérité. Les interviews que j’ai conduits auprès des scientologues ont révélé que les adeptes considèrent le mot « philosophie » comme se référant à l’ultime signification de la vie et de l’univers, au sens « religieux » du terme. La « philosophie » de la Scientologie est reliée à la croyance en l’immortalité de l’âme et de sa destinée éternelle. En employant des concepts philosophiques et en soulignant l’application de ses enseignements, la Scientologie ne diffère certainement pas de toutes les autres religions que je connais. La religion se rattache toujours à la philosophie. Dans son oeuvre brillante la Summa Theologica, Saint Thomas d’Aquin, le grand théologien de l’histoire du Catholicisme romain, emploie maints concepts, termes et constructions philosophiques qu’il emprunte au philosophe grec Aristote et il recommande l’application morale de ces notions « philosophiques ». Et, cependant, personne n’oserait cataloguer la Summa comme autre chose qu’un traité religieux du plus haut niveau. La phrase « une philosophie religieuse appliquée » n’empêche en aucun cas la Scientologie d’être une foi religieuse sincère et authentique (bona fide) au plein sens du terme.
Les religions occidentales (particulièrement le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam) ont traditionnellement été exclusives par nature. Chaque foi affirme être la seule vraie foi, en vertu de l’unicité de sa foi religieuse, de son sauveur, de son prophète, de son chemin vers le salut ou de son interprétation de l’ultime signification de la vie et de la vérité. Cette caractéristique d’exclusivité est absente de la plupart des religions orientales comme l’Hindouisme, le Bouddhisme, le Confucianisme, le Shintoïsme et le Taoïsme. En Orient, la même et unique personne peut être initiée à la vie en tant que shintoïste, mariée à la foi selon les rites shinto et chrétien et finalement être enterrée suivant le rite bouddhiste, sans avoir à « choisir » quelle religion est la « bonne ». À l’heure actuelle, même la Chrétienté occidentale perd son caractère d’exclusivité, comme le prouvent diverses confessions, profondément engagées dans un dialogue théologique interreligieux et des cultes intercommunautaires. Une telle «pluriconfessionnalité » n’est pas du tout surprenante et est parfaitement compréhensible pour les universitaires spécialisés en religion qui étudient les pratiques courantes originelles. Même si la Scientologie est très proche des traditions hindoue et bouddhiste, elle n’est pas complètement non-exclusive. La Scientologie n’impose pas à ses membres de renoncer à leurs croyances religieuses précédentes ou à leurs affiliations à d’autres églises ou ordres religieux. Ceci est dans la ligne de la tendance pluriconfessionnelle de notre temps. Néanmoins, dans la pratique, les scientologues s’impliquent en général complètement dans la religion scientologue, à l’exclusion de toute autre foi. En tout cas, la largeur d’esprit démontrée envers les personnes venant d’autres traditions religieuses ne porte, en aucune manière, atteinte à l’identité religieuse spécifique à la Scientologie.
