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22. novembre 2007

Scientologie : Les caractéristiques d’une religion – communauté d’église

De même que toutes les religions qui me sont connues, la Scientologie possède une vie communautaire et une organisation ecclésiastique qui fonctionne à la fois dans un but de conservation et d’expression de son système de croyances et dans celui de l’encouragement des pratiques religieuses. En termes ecclésiastiques, l’Église de Scientologie se présente comme une organisation hiérarchique plutôt que comme une congrégation. Les religions de congrégation exercent leur autorité en élisant localement des ministres pour leurs églises, en votant la nouvelle formulation des systèmes de croyances (credos), les pratiques religieuses et l’administration politique de l’Église. La plupart des confessions protestantes présentes aux États-Unis sont administrées sous forme de congrégation. Elles exercent, en quelque sorte, leur autorité de la base vers le sommet. À l’opposé, les religions hiérarchiques exercent leur autorité par nomination et délégation du sommet vers la base, soit en partant d’une figure religieuse centrale, comme le Souverain Pontife dans le Catholicisme romain et le Dalaï-Lama dans le Bouddhisme tibétain, soit en partant d’un corps exécutif central, comme un synode d’évêques ou un conseil d’anciens. Mon étude de l’Église de Scientologie m’a montré qu’elle suit le type classique d’administration hiérarchique ecclésiastique.

Je vais maintenant exposer brièvement l’organisation de l’Église de Scientologie. L. Ron Hubbard, décédé en 1986, était et reste l’unique source de la doctrine et de la technologie religieuse scientologue, y compris pour les niveaux supérieurs de thétan opérant. Au sein de l’Église de Scientologie, la plus haute autorité ecclésiastique est exercée par l’Église de Scientologie Internationale (Church of Scientology International « CSI ») et par le Centre de Technologie Religieuse (Religious Technology Center « RTC »). La CSI est « l’église mère » et a la principale responsabilité de la propagation du credo scientologue dans le monde. La toute première fonction du RTC est de conserver, de maintenir et de protéger la pureté de la technique scientologue et de s’assurer que son application est correcte et éthique, en accord avec les principes de la foi. Le RTC fonctionne de façon très similaire à la Congrégation pour la doctrine de la foi, identifiée dans le Catholicisme romain.

Au-dessous de la CSI et du RTC on trouve les Missions scientologues Internationales (Scientology Missions International « SMI »), qui assument les fonctions d’église mère pour les missions, du monde entier. Cette structure est très similaire à la « First Church of Christian Science » qui est située à Boston et qui sert également d’église mère à toutes les autres églises de la Science chrétienne. Pour toutes les disputes doctrinales, le RTC constitue l’ultime et finale cour d’appel de la Scientologie, tout comme le Vatican et ses congrégations constituent les cours d’appel souveraines dans le Catholicisme romain.

Il me faut également ici mentionner la Sea Org(anisation). La « Sea Org » est composée de membres de l’Église de Scientologie qui font voeu de servir pour un milliard d’années signifiant ainsi leur engagement à servir l’Église pour la durée de cette vie et de nombreuses vies à venir. La « Sea Org » est devenue à la Scientologie ce que les jésuites sont au Catholicisme romain. C’est des rangs de la « Sea Org » que sont sortis pratiquement tous les dirigeants de l’Église.

La Scientologie se décrit comme « une philosophie religieuse appliquée ». Certains se sont servis de cette phrase pour argumenter que la Scientologie n’est pas une religion. Mais, comme indiqué plus avant, mes recherches sur les enseignements de l’Église et les interviews que j’ai conduits auprès de ses membres, montrent au delà de tout doute raisonnable que la Scientologie possède tous les attributs communs aux religions à travers l’histoire : un système de croyances bien défini, des pratiques religieuses constantes et une administration ecclésiastique et hiérarchique. De plus, le mot « philosophie » peut avoir plusieurs significations et n’est pas incompatible avec le mot « religion ». Littéralement, le mot « philosophie » veut dire « amour de la sagesse » et toutes les religions connues du genre humain prêchent une quelconque sorte de « sagesse » ou perception de l’ultime vérité. Les interviews que j’ai conduits auprès des scientologues ont révélé que les adeptes considèrent le mot « philosophie » comme se référant à l’ultime signification de la vie et de l’univers, au sens « religieux » du terme. La « philosophie » de la Scientologie est reliée à la croyance en l’immortalité de l’âme et de sa destinée éternelle. En employant des concepts philosophiques et en soulignant l’application de ses enseignements, la Scientologie ne diffère certainement pas de toutes les autres religions que je connais. La religion se rattache toujours à la philosophie. Dans son oeuvre brillante la Summa Theologica, Saint Thomas d’Aquin, le grand théologien de l’histoire du Catholicisme romain, emploie maints concepts, termes et constructions philosophiques qu’il emprunte au philosophe grec Aristote et il recommande l’application morale de ces notions « philosophiques ». Et, cependant, personne n’oserait cataloguer la Summa comme autre chose qu’un traité religieux du plus haut niveau. La phrase « une philosophie religieuse appliquée » n’empêche en aucun cas la Scientologie d’être une foi religieuse sincère et authentique (bona fide) au plein sens du terme.

Les religions occidentales (particulièrement le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam) ont traditionnellement été exclusives par nature. Chaque foi affirme être la seule vraie foi, en vertu de l’unicité de sa foi religieuse, de son sauveur, de son prophète, de son chemin vers le salut ou de son interprétation de l’ultime signification de la vie et de la vérité. Cette caractéristique d’exclusivité est absente de la plupart des religions orientales comme l’Hindouisme, le Bouddhisme, le Confucianisme, le Shintoïsme et le Taoïsme. En Orient, la même et unique personne peut être initiée à la vie en tant que shintoïste, mariée à la foi selon les rites shinto et chrétien et finalement être enterrée suivant le rite bouddhiste, sans avoir à « choisir » quelle religion est la « bonne ». À l’heure actuelle, même la Chrétienté occidentale perd son caractère d’exclusivité, comme le prouvent diverses confessions, profondément engagées dans un dialogue théologique interreligieux et des cultes intercommunautaires. Une telle «pluriconfessionnalité » n’est pas du tout surprenante et est parfaitement compréhensible pour les universitaires spécialisés en religion qui étudient les pratiques courantes originelles. Même si la Scientologie est très proche des traditions hindoue et bouddhiste, elle n’est pas complètement non-exclusive. La Scientologie n’impose pas à ses membres de renoncer à leurs croyances religieuses précédentes ou à leurs affiliations à d’autres églises ou ordres religieux. Ceci est dans la ligne de la tendance pluriconfessionnelle de notre temps. Néanmoins, dans la pratique, les scientologues s’impliquent en général complètement dans la religion scientologue, à l’exclusion de toute autre foi. En tout cas, la largeur d’esprit démontrée envers les personnes venant d’autres traditions religieuses ne porte, en aucune manière, atteinte à l’identité religieuse spécifique à la Scientologie.

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08. novembre 2007

Comment les scientologues valident-ils leurs croyances ?

Par Régis Dericquebourg

Les écrits scientologiques fournissent des arguments pour valider (légitimer) la philosophie religieuse appliquée de Ron Hubbard. Une lecture attentive de l’argumentation montre qu’elle se situe du côté d’une adéquation entre la Scientologie et les idéaux et les pratiques de la société occidentale contemporaine.
La philosophie religieuse appliquée – qui n’est pas conçue comme une morale révélée mais comme le fruit du bon usage de la raison – reprend les valeurs et les idéaux de la société libérale : la réussite individuelle, la moralisation de la concurrence entre les hommes afin d’éviter la sauvagerie, la montée en puissance de l’économie, de la science et de la technique assurant le mieux-être, la foi en un progrès continu de la civilisation, foi en l’homme et en ses capacités, harmonie possible entre les buts individuels et les visées de la civilisation. La foi dans ces idéaux est justifiée par le caractère de l’homme : il est bon, par conséquent il aspire au bien c’est-à-dire à la survie maximale. S’il échoue à devenir plus puissant et à pratiquer une morale au service du progrès de la civilisation, c’est parce qu’il souffre d’aberrations auxquelles il peut remédier grâce à certaines techniques.

En somme, l’homme peut retrouver l’omniscience et l’omnipotence des esprits primordiaux et produire une humanité semblable au monde originel. Il y a là une forme d’utopie rétrogressive qui spiritualise le progrès en en faisant une avancée vers une société de parfaits ayant existé dans le passé. La philosophie religieuse appliquée fait appel à la responsabilité des hommes en leur proposant le choix entre une société sauvage s’ils ne changent pas et une société puissante, sans guerres ni violence, s’ils consentent à remédier à leurs aberrations. On le voit : Ron Hubbard propose une éthique de la responsabilité, une voie du bonheur, de l’efficacité, de la richesse et du développement personnel qui n’est pas éloignée de la philosophie des Lumières qui donne dans les sociétés avancées.

La philosophie religieuse appliquée est donc adéquate à la réalité empirique des sociétés capitalistes occidentales au plan du contenu. Elle l’est aussi dans son mode d’acquisition et dans sa forme. La formation religieuse scientologique est conforme aux modes d’apprentissage en vigueur dans les systèmes éducatifs : cours, sessions, exercices pratiques. L’édifice doctrinal de la Scientologie ressemble au savoir enseigné : les fidèles le jugent rationnel (il se présente comme une démonstration avec des concepts, des postulats, des axiomes) et scientifique (il existe un ensemble d’épais volumes qui permettent de suivre les chemins des découvertes – essais, erreurs, problèmes, résultats – de Ron Hubbard). Il passe par l’acquisition de techniques applicables immédiatement par chacun selon un protocole précis et sans surprise. Ce type de formation s’apparente dans la forme à l’instruction que les scientologues reçoivent dans le système scolaire et universitaire.

Les scientologues sont principalement des cadres supérieurs, des chefs d’entreprise, des membres des professions libérales, des professionnels du spectacle et du sport. Ils possèdent un niveau d’instruction secondaire ou supérieur. Les caractéristiques de la Scientologie que nous avons décrites précédemment permettent aux fidèles de se sentir en terrain familier grâce à l’éducation qu’ils ont reçu. On peut ajouter comme autre élément d’adéquation que la Scientologie s’adresse aux peurs des contemporains engendrées par la violence, les guerres, le péril nucléaire, la pollution, etc.
D’autre part, l’élan vital nécessaire à la réalisation des buts de la Scientologie est identifié à Dieu, ce qui de ce fait les légitime spirituellement. Pendant l’office dominical, le chapelain affirme que « l’ascension vers la Survie est par là-même une ascension vers Dieu »(6). On trouve là une conception énergétique du divin typique des mouvements métaphysiques (7).

En second lieu, la validation de la Scientologie repose sur la validation de ses techniques. Celles-ci passent par deux voies : l’expérimentation personnelle et l’expertise. L’homme qui applique la technologie de l’éthique et qui pratique la Scientologie doit améliorer son existence.

L’absence de résultats positifs n’invalide pas les techniques. Elles renvoient le fidèle à ses résistances, à ses difficultés relationnelles dans la société à manier les relations dans l’organisation ou à une mauvaise utilisation de la technique. Dans les deux cas, il est invité à persévérer car il y a toujours un moyen technique pour remédier à un problème. La Scientologie devrait réussir si elle est appliquée correctement. La technique standard est exposée dans une collection de volumes au format encyclopédique. L’application des techniques est standardisée, il suffit de suivre pas à pas les instructions pour obtenir un résultat. Elle ne nécessite aucun don  mais requiert une formation. La validation passe par l’expérimentation des techniques.

La réussite est sensée prouver la validité de la technique et par conséquent la philosophie religieuse appliquée puis la conception spirituelle qui sont en amont.

Nous avons voulu savoir si la légitimation de la Scientologie telle qu’elle apparaît dans son discours officiel ressortait du discours des adeptes. Pour cela nous avons réalisé une quinzaine d’entretiens avec des scientologues. Nous leur avons demandé pourquoi, selon eux, la Scientologie est vraie. Les fidèles interrogés ont entre cinq et vingt ans de pratique scientologique. Tous ont un niveau d’instruction élevé. Les arguments fournis peuvent se ranger en plusieurs catégories.

(6) Ron Hubbard : tout sur les radiations, Copenhague, New Era, 1984, 1ère ed. 1950.
(7) Cf. Rituel des cérémonies religieuses, polytypé.

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06. novembre 2007

La croyance probabiliste

Par Régis Dericquebourg

La vérification expérimentale conduit à laisser un espace « non-validé ». Beaucoup de scientologues admettent qu’ils n’ont vérifié eux-mêmes qu’une partie de la doctrine hubbardienne et qu’il existe donc des zones de croyance hypothétiques.

La croyance en Dieu est plus discutée. Elle peut être aussi vérifiée. Chez certains, l’existence d’un Être Suprême ne fait pas de doute. Ils parlent d’une conviction intime, d’une évidence de Dieu, qui leur a fait faire la différence avec le « Dieu des catholiques » de leur enfance. Chez d’autres, le contact avec des « vies antérieures » pendant l’audition les a conduit à l’idée qu’il y a un être infini en eux-mêmes.

(Par ex : « Au début, je n’étais pas consciente de ça, mais au fur et à mesure de mes audition, je me suis dit : il y a vraiment une huitième dynamique qui est l’infini et qui existe. Au départ, je l’ignorais mais maintenant, je sais que ça existe »).

Mais, pour la plupart, Dieu – dans leur vocabulaire : la huitième dynamique est à vérifier par l’expérience comme le reste. Toutefois, ils font à propos de Dieu, une hypothèse probabiliste : d’une part, s’ils ont vérifié une partie de l’enseignement de Ron Hubbard, il n’y a pas de raison que le reste ne soit pas vrai. (Par exemple : « Je sais qu’il y a un créateur de toutes choses et de l’univers…), je crois qu’il y a un Être Suprême, c’est une question de temps. Est-ce qu’il existe toujours ? Au niveau que j’ai atteint je ne peux pas le vérifier. Il y a une partie de foi et une partie de vérification parce que quand on a vérifié 70% d’un sujet, on pense bien que le reste est vrai. » (Scientologue depuis 20 ans, homme 47 ans). D’autres encore pensent que si des scientologues plus avancés ont trouvé Dieu, il existe sans doute. Toutefois, ils admettent qu’ils sont dans une quête qui n’aboutira peut-être pas à cette découverte. Pour beaucoup de scientologues, « la huitième dynamique » reste donc un monde à explorer pour y croire vraiment. Pour l’instant, ils se situent dans une attente. Dieu est probable. On peut qualifier cette foi de probabiliste.

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31. octobre 2007

La référence à une tradition religieuse

Par Régis Dericquebourg

Les personnes interrogées parlent des traditions religieuses pour souligner leurs manques (Catholicisme, Bouddhisme). Aucun n’a signalé un lien entre le Bouddhisme et la Scientologie pourtant affirmée par Ron Hubbard. Il a insisté sur leur proximité mais il a reproché au premier une absence d’efficacité dans le monde. Cette omission rejoint celle de la science. Les fidèles ne cherchent pas à valider leur croyance par des références externes. Ce qu’ils ont vérifié est sans doute suffisant. Ils n’ont pas besoin d’épauler leur croyance à d’autres par des considérations théologiques, ni de se situer dans une lignée croyante même si, comme on l’a dit plus haut, Ron Hubbard entrevoyait des concordances entre la Scientologie, le Bouddhisme et différentes sagesses anciennes.

La validation de la Scientologie par ses fidèles est légèrement en décalage par rapport aux Écrits officiels. La « science de la certitude » est une « science des certitudes », celles qui ne le deviennent qu’après la vérification par l’expérience. Il s’ensuit que la foi est probabiliste et relative à un degré d’avancement. En revanche, les affirmations doctrinales sur la technologie sont acceptées. Nous n’avons pas affaire comme dans le cas de la conversion religieuse dans les religions de salut à des preuves discernables de la vérité qui débouche sur des comportements. Par exemple dans celles-ci on prie parce qu’on a adopté le système de croyances qui accorde une puissance à ce rite. Le scientologue, quant à lui, ajoute une certitude à une autre pour parvenir à l’évidence de la vérité in fine. Un scientologue m’a dit un jour qu’il préférait parler de « conversion progressive ».

Il apparaît aussi que la conviction des scientologues interrogés est une fides efficace car ils prétendent avoir trouvé dans la Scientologie les moyens de comprendre la société, de se transformer et de transformer le monde.

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