Par Bryan Wilson
Dans le cadre d’une compilation de traités universitaires, édité par le sociologue jésuite, le Professeur Joseph H. Fitcher, S.J., de Loyola Université à la Nouvelle Orléans, [Alternatives to American Mainline Churches, New York : Rose of Sharon Press, 1983], Frank K. Flinn, maintenant Professeur auxiliaire des études religieuses à l’Université Washington de Saint Louis dans le Missouri, aborde en détail, la question du statut religieux de la Scientologie. Il se penche pour commencer sur le statut de la Dianétique :
« Nombre de commentateurs déclarent que la Scientologie est une thérapie mentale déguisée en religion. Le coeur de la question est de savoir s’il est possible de séparer la “thérapie” de la “religion” ou même de la “philosophie”, au moyen d’une règle claire et nette. Le mot therapeuo (“guérir, soigner, restaurer”) revient fréquemment dans le Nouveau Testament et se réfère sans discriminer, aux guérisons spirituelles et physiques de Jésus de Nazareth… »
« Même si la Dianétique a des tendances religieuses et spirituelles, il ne s’agit pas encore, d’une religion au plein sens du terme… La Dianétique ne promet pas ce que l’on peut appeler des récompenses transcendantales, comme l’aboutissement normal de sa thérapie. Elle promet néanmoins des récompenses “transnormales”.
… Deuxièmement, au stade Dianétique du mouvement, les engrammes remontaient, au plus tôt, à l’état foetal… troisièmement, la Dianétique ne se composait que de quatre “dynamiques” ou “aspirations à la survie” – le Soi, la sexualité, le groupe et l’humanité… Quatrièmement, les techniques d’audition appliquées dans la phase Dianétique [n’utilisait pas] l’électromètre. »
« Il a largement été discuté du moment où la Scientologie est devenue une religion. On pourrait considérer l’enregistrement officiel de la “Hubbard Association of Scientologistes” à Phoenix, en Arizona, en 1952 ou considérer l’établissement de la “Founding Church of Scientology”, en 1954. Cependant, l’enregistrement officiel et légal ne nous indique pas quand les concepts spécifiquement religieux se développèrent dans la propre conscience de l’Église. Pour autant, ces débats rappellent la réminiscence des disputes du XIXème siècle, sur la naissance du Christianisme : Pendant la vie de Jésus ? A la Pentecôte ? Au travers du ministère de Paul et des Apôtres ? » (pages 96-97)
Flinn considère ensuite les quatre facteurs mentionnés ci-dessus, lors du passage de la Dianétique à la Scientologie et note que le premier facteur, le passage aux buts transcendantaux, est marqué par le passage du but de « clair » au but visant à la reconnaissance d’un «thétan opérant » et ajoute : « Le concept de “thétan” n’indique plus une condition mentale, mais est désormais analogue au concept chrétien “d’esprit” ou “d’âme” qui est immortelle et supérieure au cerveau et à l’esprit. «(p. 98). Deuxièmement, les engrammes remontent désormais aux vies antérieures. Troisièmement, de nouvelles dynamiques furent ajoutées, pour inclure la survie des animaux, l’univers matériel, l’esprit et l’infinité. Et quatrièmement, l’électromètre fut introduit. Il en dit «De la perspective que je suggère,… il est préférable de considérer l’utilisation de l’électromètre comme un “sacrement technologique”. Tout comme ce qui poussent les chrétiens à définir un sacrement (par exemple le baptême) en tant que “signe extérieur et visible d’une grâce intérieure et invisible”, les scientologues considèrent l’électromètre comme l’indicateur externe et visible d’un état interne et invisible (“clair »).» (p. 99).
Et Flinn ajoute ce commentaire supplémentaire :
«Le mot religion vient de religare qui veut dire “ramener ensemble”. Cela me conduit à élargir la définition de la religion à un système de croyances exprimé en symbole qui ramène ensemble les vies d’individus et/ou de groupes, qui établit un ensemble de pratiques religieuses (rituels) et qui est soutenu par un mode de vie organisé. Les croyances, les pratiques et le mode de vie lient les vies des gens, de façon à donner à leurs existences, une justification ultime. Si toutes les religions renferment des éléments rudimentaires affiliés à ces trois aspects, certaines insistent, par exemple, sur le système d’organisation, ou mode de vie plutôt que sur le système de croyances ou pratiques rituelles. Avec la Scientologie, on a l’exemple d’un groupe qui commença avec les pratiques religieuses (les techniques d’audition), puis qui développa très vite, une solide structure ecclésiastique et qui seulement après cela, formalisa son système de croyance en credo. Cela ne veut pas dire que le système de croyances n’était pas latent lors des phases précédentes de l’évolution de l’Église. Simplement, il n’était pas codifié de manière formelle [de la façon dont) la technologie de l’organisation l’était, dès le début. » (pages 104, 105)
Par « solide structure ecclésiastique », Flinn fait allusion à l’organisation générale de la Scientologie, à son système de cours et de procédures d’audition, progressivement plus avancés.