Par Michael Sivertsev
1- La connaissance ésotérique et la technologie de Scientologie
Il y a deux systèmes de connaissance ésotérique. Le premier implique des méthodes permettant d’écrire les choses de manière codée. La communication de cette connaissance cachée à tous ceux qui la souhaitent la transforme alors en connaissance profane qui a perdu tout pouvoir sacré de manière irréversible.
Le second système autorise l’accès et la mise à disposition de la connaissance. Mais la structure particulière de cette connaissance est telle que l’élève ne peut la comprendre s’il n’a pas suivi les étapes précédentes. En d’autres termes, le caractère ésotérique de cette connaissance provient du fait qu’il est nécessaire d’avoir suivi tous les niveaux de l’échelle précise menant à l’accomplissement personnel. Chaque étape comprend en elle-même toutes celles qui l’ont précédée, et n’est pas ésotérique par suite d’un quelconque désir de cacher et de coder cette connaissance, mais simplement parce que posséder le plus haut niveau de celle-ci ne suffit pas à la communiquer à quelqu’un qui n’airait pas vécu toutes les transformations internes de conscience. La seule chose que celui qui possède les plus hauts niveaux de connaissance puisse faire est de faire passer l’élève à travers toutes les étapes indispensables.
La connaissance ésotérique de la Scientologie est de la seconde essence. Lorsque l’on voit le mot « confidentiel » sur les documents d’une étape de la connaissance de Scientologie, c’est qu’il s’agit d’une connaissance qui ne peut être communiquée qu’à celui qui a suivi les étapes précédentes.
La Scientologie est fondamentalement un système religieux ouvert. Tous ceux qui ressentent le besoin intérieur d’accepter la voie et le message spirituel de la Scientologie peuvent compter sur l’attention et le soutien de celle-ci. Et le travail effectué avec l’élève le sera en réponse à ses propres recherches d’identité spirituelle. Il faut cependant rappeler que c’est l’expérience personnelle de la découverte de sa propre identité spirituelle, d’un soi spirituel infini, qui est au centre de la démarche de la Scientologie. C’est pourquoi l’ « histoire », le « récit » de cette expérience n’est possible que de manière assez limitée. Non parce que les instructeurs cachent cette expérience, mais parce qu’elle est pratiquement impossible à verbaliser, à exprimer. Il y a bien entendu une manière de « vérifier » la démarche et les transformations dans lesquelles la personne est engagée, en particulier lorsque les plus hauts niveaux de conscience d’un soi éternel sont atteints. Mais cette « vérification » (très importante et indispensable) ne remplace pas la connaissance sacrée. En lisant ou en écoutant ces témoignages, vous comprenez que cette personne veut décrire son expérience, mais ne peut communiquer la connaissance.
C’est de là que naît l’exigence d’une préservation et d’une reproduction de la technologie de la Scientologie, comme celle qui veut que l’on ne puisse passer à une étape ultérieure sans avoir entièrement compris la précédente. C’est la raison pour laquelle a été développée la procédure particulièrement pertinente consistant à clarifier le sens de chaque mot. Cette attention portée à la compréhension des mots rapproche également la Scientologie des grandes traditions religieuses et permet de considérer la connaissance de la Scientologie comme sacrée.
On peut considérer que cette insistance sur la clarification des mots pour l’acquisition de la connaissance sacrée fait partie du but général de la Scientologie : clarifier et recevoir (comprendre) la véritable nature spirituelle de l’être infini.
2- Les procédures d’acquisition de la connaissance : une technologie permettant d’atteindre les plus hauts niveaux de conscience. Les niveaux de découvertes de soi : du pré-clair au plus haut niveau d’existence spirituelle.
La nécessité d’atteindre une conscience claire et une conscience de soi (d’un réveil par rapport à l’endormissement habituel), d’atteindre la raison, organisée d’une manière telle qu’il est impossible d’accéder au plus haut niveau de conscience de soi sans être passé par, et avoir pris conscience, des niveaux inférieurs a amené d’une part à structurer la connaissance elle-même, et d’autre part à structurer la manière d’accéder à la connaissance sacrée. Dans un contexte de formation religieuse où on s’attend à des changements de conscience chez l’élève, mais où ces derniers sont impossibles à communiquer, cette structuration est essentielle. De là découle l’un des traits caractéristiques de la culture sacrée de la Scientologie : les textes, les Ecritures de l’Eglise (rédigés par Hubbard) constituent un moyen de transformation de la conscience de l’élève. Et, à cet égard, une partie axiomatique de ces textes est particulièrement importante. Il y a des textes courts, classiques, destinés à être étudiés de manière intense et longue, provoquant par là même des changements dans la conscience de l’élève. Grâce à des tentatives répétées de comprendre en profondeur les textes de Hubbard, l’Eglise permet à des groupes, à des équipes de deux élèves ou à des élèves seuls (solo) de pratiquer la contemplation. Cet aspect rapproche également la Scientologie des autres religions et, plus particulièrement, des religions structurées de manière ordonnée, au sein desquelles l’étude réfléchie des textes sacrés ne consiste pas simplement à glaner des informations, mais à changer en profondeur (pour l’élève) ou à clarifier (pour l’instructeur), restaurant par là grâce à un travail intense la conscience et la conscience de soi.
Ainsi, lorsque nous disons qu’il n’est pas possible de transmettre la connaissance et la conscience de soi, nous parlons de la nécessité d’une procédure grâce à laquelle on peut aider l’élève à atteindre cette connaissance et cet accomplissement. Cela signifie qu’il est nécessaire de développer un système de transitions d’un niveau à l’autre. Il faut souligner qu’on ne peut « informer » l’élève, mais seulement lui donner accès à la connaissance. Au terme d’un tel processus, il atteint véritablement la connaissance et un plus haut niveau de conscience.
Grâce à un enseignant (à part quelques niveaux qu’il passe seul), l’élève passe ainsi tous les niveaux d’initiation de pré-clair à OT.
Si l’on tient compte des paramètres de la connaissance ésotérique inhérente à la Scientologie, en particulier la hiérarchie, la rigueur, l’exactitude, l’impossibilité de sauter quelque niveau que ce soit, on se rend compte que la Scientologie a développé un système tout à fait impressionnant ainsi qu’une voie spirituelle qui est également le symptôme d’une culture spirituelle stable et en pleine expansion.
« Un Pont vers la Liberté Totale » au centre du système théologique de la Scientologie
Rarement un mouvement religieux spirituel a eu un système de doctrines lorsqu’il a atteint le stade où il pouvait devenir une véritable église organisée. L’existence d’un système de doctrines est l’indicateur de la maturité d’un mouvement religieux et donc cela montre que ce mouvement va durer très très longtemps dans le temps. Comme nous l’avons observé dans l’histoire des mouvements religieux, c’est pourtant très rapidement que la Scientologie s’est donné un Credo et un système de formation religieuse. Une telle maturité spirituelle et organisationnelle a pu être atteinte grâce à un système de niveaux de transformation et d’identité spirituelle développé de manière très formelle et détaillé. Ce système peut à peine se comparer aux systèmes d’édification et de purification spirituelles qui ont été au cœur des structures des nombreux ordres qui ont « nettoyé » et sauvé les églises traditionnellement reconnues.
Il existe deux types de systèmes théologiques : le système stafatitjesk et le système spofatitjesk.
Le premier considère que l’on peut et doit exprimer les expériences religieuses les plus élevées par les mots. Le second considère en revanche ces dernières comme inexprimables. Le premier système fournit donc une description large et détaillée d’un être divin et d’une structure divine du monde et de l’au-delà. Le second système ne donne aucune description de l’être suprême, car il considère que ceci est impossible. Mais il fournit un système permettant à celui qui suit les enseignements du maître d’accéder à la plus haute connaissance.
La Scientologie s’inspire certainement des deux systèmes, mais avec une nette prédominance du second. Pour la Scientologie, la description de la nouvelle condition en elle-même vaut moins que la description du parcours permettant d’atteindre la plus haute condition.
« Le Pont vers la Liberté totale » est une métaphore pour la voie vers la transformation spirituelle. Une telle voie existe dans la plupart des cultures religieuses et des systèmes théologiques. Mais c’est dans les structures les plus ordonnées qu’on insiste de manière aussi centrale sur une séquence formelle de changements de conditions de conscience de soi organisée de manière hiérarchique.
C’est avec ce message, littéralement le Pont vers la liberté totale, que l’Eglise s’adresse au monde et à ses adeptes.
On retrouve dans ce message quelques thèmes fondamentaux de la structure d’un pont. Tous les concepts théologiques principaux (relatifs aux absolus, aux états d’une personne, au salut), la mission d’un clergé et la structure organisationnelle suivent la structure d’un Pont compris comme la voie de la transformation personnelle et de la compréhension de son propre rôle et destin universels.