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19. février 2008

LA DÉFICIENCE INHÉRENTE DE L’ANALYSE ABSTRAITE OU OBJECTIVE

Par Bryan Wilson

L’emploi d’un langage abstrait, qui peut être considéré comme « clinique » dans le sens qu’il n’est pas contaminé par les traditions spécifiques d’une autre religion, n’arrivera automatiquement pas à rendre compte des qualités intrinsèques de n’importe quelle foi spécifique, mais reste cependant nécessaire pour une quelconque appréciation. Il ne permettra pas de refléter les aspects cognitifs ou émotionnels des croyances, des rituels, du symbolisme et des institutions. Cette approche sociologique rend possible une comparaison et une explication objectives, mais elle ne permet pas et ne prétend pas refléter l’entière substance de la signification intime et de l’attirance émotionnelle qu’une religion a aux yeux de ses propres adhérents.

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18. février 2008

LES PRINCIPALES CARACTÉRISTIQUES D’UNE RELIGION

Par Bryan Wilson

Conformément aux précédentes considérations, nous allons maintenant indiquer, en termes abstraits et généraux, les principales caractéristiques religieuses. Ce qui suit n’a pas la prétention de constituer une définition applicable universellement, mais plutôt l’énumération des caractéristiques et des fonctions fréquemment trouvées dans les religions et qui sont identifiées comme telles. Il s’agit :

(a) de la croyance en une entité (ou déités) qui transcende(nt) la perception normale des sens, croyance qui peut même inclure le principe d’un ordre entier d’êtres ;

(b) de la croyance qu’une telle entité affecte non seulement le monde naturel et l’ordre social mais opère directement sur lui et fut même éventuellement l’origine de sa création ;

(c) de la croyance qu’à un certain point dans le passé, une intervention surnaturelle explicite s’est produite dans les affaires humaines ;

(d) du fait que les entités surnaturelles sont regardées comme ayant dirigé l’histoire et la destinée humaine ; lors de la représentation anthropomorphe de ces entités, on leur accorde généralement des propos définis ;

(e) de la croyance entretenue que la fortune d’un homme, au cours de sa vie et au cours de sa ou ses vies futures, dépend des relations établies, avec ou en conformité avec de telles agences transcendantales ;

(f) du fait qu’il est souvent (mais pas toujours) cru qu’alors que les agences transcendantales dirigent éventuellement la destiné d’un individu, celui-ci peut, en se comportant suivant les normes prescrites, influencer les événements qu’il rencontre dans cette vie ou dans sa ou ses vies futures ou dans les deux ;

(g) du fait qu’il y a des actions prescrites pour les performances individuelles, collectives et représentatives ou, autrement dit, des rituels ;

(h) du fait que des éléments d’actions d’apaisement persistent (même dans les religions développées), au travers desquels des individus ou des groupes peuvent implorer l’assistance spéciale des entités surnaturelles ;

(i) des expressions de dévotion, de gratitude, d’hommage et d’obédience sont offertes par les croyants ou dans certains cas, leur sont imposées, généralement en présence des représentations symboliques de l’agence ou des agences surnaturelles de la foi ;

(j) du fait que le langage, les objets, les endroits ou les saisons, particulièrement identifiés avec le surnaturel, deviennent sacralisés et peuvent devenir en eux-mêmes des objets de vénération ;

(k) du fait que, régulièrement, des rites ou expositions, des expressions de dévotion, des célébrations, des jeûnes, des pénitences collectives, des pèlerinages et des reconstitutions ou commémorations d’épisodes de la vie terrestre des divinités, des prophètes ou des guides spirituels sont accomplis ;

(1) du fait que les situations de vénération et d’exposition aux enseignements aboutissent à l’établissement d’un sens communautaire et de relations de bienveillance, de camaraderie et de commune identité;

(m) du fait que des règles morales sont souvent en vigueur parmi les croyants, même si les domaines de leur préoccupation varient ; il se peut qu’elles soient formulées en des termes légalistiques ou ritualistes ou qu’elles soient plutôt exprimées en tant que conformité à l’esprit d’une plus haute moralité moins spécifique ;

(n) du fait qu’il soit requis de façon normative un sérieux de propos, un engagement maintenu et une dévotion à vie ;

(o) du fait que suivant leur conduite, les croyants accumulent des mérites ou des blâmes auxquels un système économique moral de récompenses ou de punitions, est rattaché. Le lien précis entre l’action et la conséquence va des effets automatiques de causes données, à la croyance que l’on peut annuler un démérite personnel par des actes de dévotion ou des actes rituels, par la confession et le repentir ou par une intervention spéciale des agents surnaturels ;

(p) du fait qu’il existe généralement une classe spécifique de fonctionnaires religieux en charge de la garde des objets, des écritures et des endroits sacrés ; des spécialistes dans la direction doctrinale, rituelle et pastorale ;

(q) du fait que de tels spécialistes sont habituellement payés pour leurs services, que ce soit par tribut, par récompense pour des services spécifiques ou par traitement institutionnel ;

(r) du fait que lors de la dévotion des spécialistes à la systématisation de la doctrine, il est régulièrement prétendu que la connaissance religieuse apporte une solution à tous les problèmes et une explication à la signification et au propos de la vie, incluant souvent des explications aux buts précis sur l’origine et le fonctionnement de l’univers physique et de la psychologie humaine ;

(s) du fait que la connaissance et les institutions religieuses sont déclarées légitimes, par référence à la révélation et à la tradition : l’innovation est habituellement justifiée sous forme de restauration ; et

(t) du fait que la prétention à la vérité de l’enseignement et de l’efficacité des rituels est en dernière analyse transcendante, et que la foi est requise en ce qui concerne à la fois des buts et des moyens arbitraires recommandés à cause de leurs résultats.

Les points mentionnés ci-dessus ne doivent pas être considérés comme des conditions sine qua non, mais comme des probabilités. Ils constituent un phénomène fréquemment identifié empiriquement. Il convient de les considérer comme un inventaire de probabilités.

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17. février 2008

LES CARACTERISTIQUES NON ESSENTIELLES DE LA RELIGION

Par Bryan Wilson

L’inventaire mentionné ci-dessus est établi dans des termes de considérable généralisation abstraite. Mais les religions réelles constituent des entités historiques et non des élaborations logiques. Elles recouvrent des principes organisationnels, des codes de conduite et des modèles de croyance, largement différents. En de nombreux points, la généralisation n’est pas facile et une fois mis de côté les préjudices (souvent inconscients) de la tradition chrétienne, il devient apparent que nombre des points concrets qui, suivant le modèle chrétien, seraient considérés comme condition sine qua non de religion, ne se trouvent pas dans d’autres systèmes.
Au cours de l’inventaire susmentionné, on a évité de faire allusion à un Être suprême, ce concept n’étant pas valide pour les Bouddhistes Theravada (et pour beaucoup de Bouddhistes Mahayana), pour les Jaïns et les Taoïstes. La vénération dont on parle ci-dessus, a des implications très différentes dans le Bouddhisme par rapport à celles qu’elle implique pour les croyants du Christianisme. L’inventaire ne mentionne pas les credos qui sont particulièrement importants dans la tradition chrétienne mais moins dans les autres religions. Il ne mentionne pas non plus le concept de l’âme, si vital soit-il dans le Christianisme orthodoxe, car la doctrine de l’âme est quelque peu équivoque dans le Judaïsme et expressément niée par certains mouvements chrétiens (par ex. les Adventistes du septième jour et les Témoins de Jéhovah qui ont chacun des millions d’adhérents de par le monde, et par les Christadelphiens et les Puritains, dont Milton, qui sont connus sous la dénomination de moralistes.) Il n’y a pas de référence directe à l’enfer, sous aucun des aspects de l’idée, développés par le Christianisme, ce point n’existant pas dans le judaïsme.
On a fait allusion à la vie après la mort, au singulier et au pluriel, de façon à accommoder les deux variantes des idées chrétiennes de transmigration de l’âme et de résurrection et les différents exposés de réincarnation dans le Bouddhisme et l’hindouisme.
Aucun de ces points spécifiques ne peut être considéré comme essentiel à la définition de la religion tout court.

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15. février 2008

LE THÉISME NE CONSTITUE PAS UNE CARACTÉRISTIQUE ESSENTIELLE DE LA RELIGION

Par Bryan Wilson

Il n’est plus à discuter que le théisme (par ex. le monothéisme, le polythéisme et le panthéisme) ne constitue pas une caractéristique essentielle de la religion. Et en fait, tout aussi bien les personnes érudites que le public profane considèrent maintenant comme religions des systèmes de croyance qui ne sont absolument pas théistes. Il est donné ci-dessous des exemples de telles religions.

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14. février 2008

LE BOUDDHISME : UNE RELIGION NON THÉISTE

Par Bryan Wilson

Le Bouddhisme ne constitue pas un système de croyance théiste mais est cependant généralement reconnu comme une religion, même s’il contraste réellement avec le Christianisme. Alors que le Bouddhisme ne nie pas l’existence des Dieux, il n’accorde pas à ces êtres de rôle d’Être suprême ou de créateur. Même au sein des sectes de la Terre Pure du Japon (Jodo et Jodoshin) où l’on rencontre un engagement emphatique envers l’idée que Bouddha est en lui-même un sauveur, cette conception est loin de considérer Bouddha comme un Dieu créateur.

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13. février 2008

LES DOCTRINES DU BOUDDHISME HINAYANA (OU PETIT VEHICULE)

Par Bryan Wilson

Le Bouddhisme Hinayana est souvent considéré comme représentant la tradition bouddhique la plus proche des enseignements originels du Bouddha Gautama. Ces doctrines ressemblent très peu à celles établies par le Christianisme ou par les autres religions monothéistes. Aucun des enseignements du Bouddhisme Theravada n’indiquent l’existence d’un Être suprême ou d’un Dieu – créateur. Plutôt que d’être le résultat d’un Dieu – créateur, le monde phénoménal est perçu comme n’ayant pas de substance, et l’homme est considéré comme tout aussi non permanent et sans âme immortelle. Toute forme d’existence est caractérisée par la souffrance, et la raison d’être des enseignements bouddhiques vise à libérer l’homme de cette condition. Les circonstances présentes de l’homme sont la conséquence de son karma, la loi de cause à effet, suivant laquelle les actions des vies antérieures déterminent pratiquement toujours les conditions de vie future. Les vies étant comme les maillons d’une chaîne de causalité, il existe une origine conditionnelle à chaque renaissance. Ainsi, l’homme n’est pas amené à la vie par un Dieu – créateur et il n’existe aucun concept de Dieu – sauveur, puisque seule la connaissance permet à l’homme de pouvoir se libérer de la souffrance de la chaîne des naissances renouvelées. Chaque homme, guidé par l’instruction religieuse, doit tracer sa propre voie sur le chemin de la connaissance. Le Bouddhisme ne nie pas l’existence des Dieux en tant que tels, mais ces êtres ne constituent pas des objets de vénération et ils ne remplissent pas de rôles spécifiques. (Ils sont en fait les restes et les accumulations d’autres traditions religieuses que le Bouddhisme a incorporés.) Même si les concepts de Dieu – créateur ou de Dieu – sauveur, d’immortalité de l’âme et de punition ou de gloire éternelles ne sont pas présents dans le Bouddhisme Hinayana, il n’en reste pas moins que le Bouddhisme s’est vu accordé aisément et universellement, le statut d’une religion.

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12. février 2008

LE JAÏNISME EST UNE RELIGION ATHÉE

Par Bryan Wilson

Le Jaïnisme est reconnu en Inde et dans les autres pays où il est pratiqué comme une religion et est couramment inclus sur la liste des grandes religions (généralement considérées au nombre de onze).

À son propos, Sir Charles Eliot a écrit : « Le Jaïnisme est athée et cet athéisme n’est ni une excuse, ni une polémique mais est plutôt acceptée comme constituant une attitude religieuse naturelle ». Cependant, les Jains ne nient pas l’existence de déités ou de divinités mais ces êtres sont à l’image des êtres humains, considérés comme soumis aux lois de la transmigration et de la désintégration et ils ne déterminent pas la destinée de l’homme.

Les Jains croient en l’individualité et en l’infinité des âmes. Ils ne font pas partie d’une âme universelle. Les âmes et la matière ne sont ni créées ni détruites. Le salut de l’âme doit être obtenu par la libération des éléments étrangers (karmas) qui l’alourdissent, éléments provenant des actes passionnels des individus. Un tel comportement motive la renaissance dans le règne animal ou dans celui de substances inertes les actes de mérite entraînent une renaissance parmi les divinités. La colère, l’orgueil, la duplicité et l’avidité représentent les principaux obstacles à la libération de l’âme, mais l’homme reste maître de sa propre destiné, en se contrôlant, en n’ayant pas de mauvaises intentions envers les autres et en vivant une vie ascétique. Il se peut qu’il renaisse sous la forme d’une divinité. Les règles morales du croyant convaincu sont d’être gentil sans espoir de réciproque, de se réjouir de la bonne fortune des autres et d’avoir de la sympathie envers les criminels. L’auto-mortification annihile le karma accumulé.

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11. février 2008

LE BOUDDHISME DE L’ECOLE SANKHYA UNE RELIGION NON THÉISTE

Par Bryan Wilson

La religion hindoue reconnaît comme orthodoxe six anciennes écoles divergentes. L’une d’entre elles, Sankhya, n’est ni théiste, ni panthéiste. Tout comme le jaïnisme, le Sankhya enseigne que la matière première et l’âme individuelle sont à la fois non créées et indestructibles. L’âme peut être libérée par la connaissance de la vérité sur l’univers et par le contrôle des passions. Dans certains textes, le Sankhya dénie l’existence d’une déité suprême individuelle et en tout cas, tout concept de déité est considéré comme superflu et potentiellement auto-contradictoire, ce sont les mécanismes du karma qui gouvernent les affaires de l’homme jusqu’au moment où il en arrive à déterminer qu’il désire une libération. Les quatre buts du Sankhya sont similaires à ceux du Bouddhisme : connaître la souffrance dont l’homme doit se libérer, amener une fin à la souffrance, percevoir la cause de la souffrance (ne pas savoir discerner entre l’âme et la matière) et apprendre les moyens de libération, ou autrement dit acquérir une connaissance judicieuse. Tout comme les autres écoles, le Sankhya enseigne le principe du karma la renaissance est une conséquence des actions et le salut tient en l’évasion du cycle des renaissances.

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10. février 2008

LE CARACTÈRE NON THÉISTE DU SANKHYA

Par Bryan Wilson

Le Sankhya inclut une forme de dualisme qui ne dépend pas de l’existence d’un Dieu ou de Dieux.
On ne parle pas ici du dualisme chrétien du bien et du mal mais d’une distinction radicale entre l’âme et la matière. Elles sont toutes deux non créées et existent infiniment.
Le monde est le résultat de l’évolution de la matière. Mais l’âme ne change pas. L’âme souffre à cause de son emprisonnement dans la matière, alors que cet emprisonnement n’est en fait qu’une illusion. Une fois que l’on réalise qu’elle ne fait pas partie du monde matériel, celui-ci cesse d’exister pour cette âme en particulier et elle est libérée.
Suivant la théorie du Sankhya, la matière évolue, se dissout et stagne. En évoluant, celle-ci produit l’intelligence, l’individualité, les sens, le caractère moral, la volonté et un principe qui survit à la mort et transmigre. À cause de sa connexion avec l’âme, l’organisme physique se transforme en être vivant.
C’est seulement lors de cette connexion qu’un état de conscience est obtenu : que ce soit la matière ou l’âme, ni l’une ni l’autre ne sont seules conscientes. Même si l’âme représente l’élément animateur, elle ne constitue pas par elle-même la vie qui se termine par la mort ou la vie qui est transmise d’une existence à une autre. Même si elle n’agit ni ne souffre en elle-même, l’âme reflète la souffrance qui a lieu, au même titre qu’un miroir. li ne s’agit pas de l’intelligence mais d’une entité infinie et vide de passion. Les âmes sont innombrables et distinctes les unes des autres.
Le but de l’âme est d’arriver à se libérer de l’illusion et donc de l’emprisonnement. Une fois libérée, l’âme est dans un état équivalent au Nirvana du Bouddhisme.
Une telle libération peut se produire avant la mort et la tâche de celle qui est libérée est d’enseigner aux autres.
Après la mort, une totale libération sans menace de renaissance est possible. Le Sankhya ne s’oppose pas aux croyances dans les divinités populaires mais celles-ci ne font pas partie de son ordre de fonctionnement. C’est la connaissance de l’univers qui aboutit au salut. En ce sens, le contrôle des passions est central et non la conduite morale. Les bonnes actions ne peuvent aboutir qu’à une forme de bonheur inférieur. Les sacrifices ne sont pas non plus efficaces.
Ni l’éthique morale, ni les rituels n’ont de grande importance dans l’ordre des choses du Sankhya.

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L’INADAPTATION DU CRITÈRE THÉISTE


Par Bryan Wilson

Rien qu’en se fondant sur les exemples précédant de systèmes de croyance religieuse, il est apparent que l’existence d’une croyance en un Être suprême ou en une forme de théisme est un critère religieux inadéquat. En dépit d’idées préconçues et obsolètes mais persistantes de certains commentateurs chrétiens, ce point est généralement immédiatement adopté par les spécialistes en religion comparative et les sociologues spécialisés en religion. Malgré l’absence de tout concept d’Être suprême ou de Dieu créateur, le statut de religion ne saurait être refusé au Bouddhisme, au Jaïnisme ou à l’Hindouisme de l’école Sankhya.

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