Professeur Michael Sivertsev
Tous les scientologues avec lesquels j’ai pu m’entretenir lors de nombreux interviews ne considèrent pas tous qu’il y ait un système théologique en Scientologie ; il n’en existe pas moins deux attributs formels permettant de caractériser l’existence d’un tel système. Tout d’abord le rôle d’un leader charismatique dans les résultats de l’Eglise, puis l’existence d’une doctrine religieuse élaborée et d’une connaissance sacrée, comportant une partie ésotérique et une autre partie exotérique.
1. Le leader charismatique
L’œuvre du fondateur L.Ron Hubbard constitue la base du dogme et de l’organisation de la Scientologie. Ses écrits constituent en quelque sorte les écritures – le texte sacré – qui font autorité et sont constamment étudiées. Le leader charismatique est donc l’auteur des textes fondamentaux. La seconde raison faisant de lui le leader charismatique vient de ce que les scientologues considèrent qu’il est la première personne ayant véritablement découvert et emprunté la voie vers la véritable spiritualité. Tout ce qui reste à faire aujourd’hui et demain est de suivre pour soi-même la voie et l’expérience de Hubbard, qu’il a rendu accessibles à tous.
Il faut souligner là une différence essentielle entre le fondateur charismatique d’un mouvement et ses adeptes. Pour lui, la voie a été ouverte grâce à son charisme. Pour ses adeptes, il s’agit d’un long travail accompli à l’aide de tous les détails fournis par les écritures. Ce que visent les Ecritures, c’est la découverte de sa nature spirituelle et un changement de la conscience que la personne a d’elle-même. La manière dont Hubbard a écrit en détail toutes les étapes menant vers ces nouveaux niveaux de conscience constitue une protection importante contre tout schisme. La porte à des interprétations nouvelles des textes est fermée d’une manière simple mais très efficace. Le postulat est que la vérité totale se trouve dans l’expérience personnelle de Hubbard.
Cette expérience personnelle est liée à la technologie permettant de découvrir sa nature spirituelle. L’expérience de Hubbard était première, et unique ; mais elle avait un caractère universel et était susceptible d’être éprouvée par chacun. C’est la mission de l’Eglise de Scientologie que d’offrir à toute personne comprenant la nécessité de cette recherche la possibilité de l’effectuer par la voie tracée par Hubbard.
Quels sont les traits du leader charismatique de la Scientologie permettant de le considérer comme tel ?
En premier lieu, il a découvert dans le domaine de la spiritualité des faits et une connaissance qui concernent tout individu.
Il a ensuite développé à partir de ces découvertes, une voie de salut personnel.
Ensuite, il a transmis cette connaissance dans tous ses détails, rendant tout ajout impossible. Tout ajout déforme cette connaissance et la rend dangereuse. De là découle la nécessité d’une supervision spéciale destinée à corriger l’exécution des instructions du fondateur.
La continuité entre l’expérience personnelle et la personnalité du fondateur présente par ses textes, ses conférences enregistrées, transforme l’univers intérieur de l’adepte, transforme son identité, et l’amène de manière stable vers la prise de conscience de sa propre nature spirituelle et immortelle.
Il faut remarquer de plus que personne ne peut remplacer le fondateur. C’est pourquoi même l’atteinte d’un très haut niveau spirituel par un membre de l’église ne peut lui conférer le statut de fondateur d’une nouvelle version de la doctrine : personne ne peut par conséquent avoir l’autorité et le pouvoir du fondateur.
Le message religieux du fondateur a donné naissance à un ordre religieux, au sein duquel la place du membre dans la hiérarchie ne dépend que du niveau spirituel atteint par ce dernier et de la permanence de son engagement au sein de l’ordre.
Enfin, le service de l’Eglise de Scientologie est construit autour des citations des textes du fondateur et sur les témoignages de ceux que l’Eglise et les œuvres du fondateur ont aidé à changer leur vie.
Le fondateur du mouvement, son leader charismatique, est ainsi un sauveur pour les membres. Il permet à ces derniers d’atteindre le plein épanouissement spirituel. En d’autres mots, le fondateur de la Scientologie est en même temps le fondateur de la doctrine et celui du mouvement religieux.
2. La doctrine religieuse et la connaissance sacrée de la Scientologie
Certains thèmes fondamentaux de la Scientologie nous montrent la technologie de la Scientologie comme une doctrine religieuse. En particulier avec le concept de l’essence spirituelle et éternelle de l’individu que celui-ci reconnaît comme étant l’individu lui-même.
L’autre thème est que l’histoire ou des évènements particuliers (catastrophe) ont fait que la personne a perdu de vue sa véritable nature spirituelle ; c’est le thème de l’asservissement du véritable soi éternel par la nature ou des forces délibérément mauvaises, thème classique pour une doctrine religieuse.
La matière, l’énergie, l’espace et le temps sont créés par l’être éternel ayant perdu la conscience de son pouvoir de création et la maîtrise de ses propres créations.
Selon certains témoins, l’oubli de sa véritable nature provient de l’activité et de la créativité de l’être lui-même ; selon d’autres témoins (plus obscurs), il s’agit du résultat d’une volonté malfaisante ayant entraîné une catastrophe dans la plus grande partie de l’univers habité.
Quoiqu’il en soit, qu’il y ait ou non manifestation d’une volonté malfaisante, nous nous trouvons face au thème classique de la chute de l’être et de l’oubli de ses pouvoirs originels et de la catastrophe elle-même.
La connaissance de son passé infini, d’événements survenus au cours des nombreuses vies antérieures de l’être n’est pas une connaissance banale, mais une connaissance sacrée permettant une compréhension de sa véritable position dans l’espace. Elle lui permet d’expérimenter une véritable connaissance de lui-même au cours de tout le processus – jusqu’à la catastrophe principale de magnitude cosmique. La connaissance acquise ainsi en Scientologie au cours d’une étude assez longue et de la découverte de son propre passé est donc une connaissance libératrice, salvatrice.
La connaissance sacrée change, transforme la personne qui reçoit cette connaissance. La conscience de sa propre identité véritable vient après la destruction des engrammes qui sont en fait des barrières de fausse connaissance de soi-même qui constituent de fausses identités. On veut détruire ces obstructions intérieures qui empêchent la personne d’entrer en contact avec sa véritable essence éternelle grâce à l’aide d’un auditeur qui est en même temps un chapelain et le gardien de la connaissance sacrée.
La technique des questions-réponses que l’on trouve dans l’audition de Scientologie nous rappelle ces procédures traditionnelles où l’on atteignait la connaissance sacrée et qui considèrent que l’élève – ou le chercheur – seul peut être amené au seuil de la véritable conscience. La conscience elle-même ou la compréhension de la véritable nature des choses est quelque chose que le chercheur doit trouver lui-même de façon indépendante. (Des techniques similaires de compréhension de sa propre identité peuvent être trouvées dans les « exercices spirituels » de saint Ignace de Loyola, dans les écoles spirituelles orientales, dans le bouddhisme zen – koany – et dans l’histoire hasidsky.
La comparaison avec ces autres mouvements ne vise pas à diminuer la contribution spirituelle et exceptionnelle de la Scientologie dans l’édifice mondial de l’expérience spirituelle. Mais elle nous aide à voir avec certitude, d’abord la nature religieuse de la Scientologie et ensuite le potentiel spirituel de la Scientologie non seulement en tant que mouvement religieux mais en tant qu’ordre religieux. Ce dernier aspect est important. Il peut être une solution aux problèmes organisationnels et aux problèmes de formation religieuse. Comme l’histoire des mouvements religieux nous le révèle, un ordre qui n’existe que pour résoudre des problèmes organisationnels ne dure pas très longtemps, contrairement à un ordre conçu pour veiller à une technologie élaborée de formation spirituelle. On peut en voir un exemple chez les Jésuites, ordre fondé sur la « pratique des exercices spirituels » par le fondateur de l’ordre, Ignace de Loyola. La capacité de l’ordre à résoudre quantité de problèmes pratiques n’est que la conséquence de la pratique spirituelle et religieuse. La stabilité de l’ordre des Jésuites s’appuie sur l’adhésion correcte à la technologie des « exercices spirituels ». De la même manière, le cœur de l’ordre de l’Eglise de Scientologie puise sa stabilité dans la technologie spirituelle particulière développée pour aider les êtres à se trouver. Il s’agit en fait du point central de la doctrine et de la connaissance sacrée. Ce qui explique que la préservation de cette connaissance sacrée est un élément essentiel pour l’Eglise de Scientologie.