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10. mai 2008

Scientologie

Consultation de Régis de Dericquebourg

ScientologieRegis Dericquebourg est maître de conférence en sociologie des religions à l’université de Lille III, Lille, France. Il détient un diplôme universitaire en psychologie de l’Université de Paris et un doctorat en sociologie de la Sorbonne et il travaille actuellement au GSRL, laboratoire du Centre national de recherche scientifique.

Depuis 1972, Régis Dericquebourg s’est consacré à l’étude des religions minoritaires, un projet qu’il commença en passant trois ans avec les Témoins de Jéhovah en tant qu’observateur.

L’objet de cette consultation est de faire le point sur la Scientologie d’un point de vue sociologique.

La question posée est : la Scientologie est-elle une religion ?
Et si oui, quel type de religion ?
Régis Dericquebourg tente d’apporter des éléments de réponse.

Il décrit aussi quelques aspects de la Scientologie telle qu’elle lui apparaît aujourd’hui. Sa présentation n’est ni polémique, ni apologétique.

Télécharger la consultation de Régis Dericquebourg

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19. novembre 2007

La Scientologie est-elle une religion ?


Qu’entendons-nous par religion ?

Cette consultation ne peut donner lieu à un débat de fond sur la définition de religion. On peut toutefois s’accorder comme l’a fait Bryan Wilson sur un nombre minimum de caractéristiques que l’on trouve dans la plupart des religions. Il s’agit en somme d’une définition utile. Nous n’ignorons pas que cette perspective écarte provisoirement le débat sur la définition de religion que les nouvelles formes de religion imposent.

Avec Bryan Wilson nous pouvons considérer qu’une religion comporte :

  • Une cosmologie où l’univers prend un sens par rapport à une des forces surnaturelles. La conception de l’homme dépasse les limites de l’existence terrestre. Il a un « avant » et « un après ». La finitude de l’homme n’est pas acceptée.
  • Une morale qui découle de cette cosmologie. Elle fournit des prescriptions et des lignes de conduite en accord avec les sens de l’univers qui est proposé.
  • Des outils qui mettent en relation les hommes et le principe surnaturel : la prière, des cérémonies religieuses, des techniques de méditation.
  • Une communauté de fidèles, aussi minime soit-elle qui permet de maintenir et de reproduire les croyances, de gérer les biens de salut.

La combinaison de ces divers éléments permet de distinguer les religions 1) des philosophies déistes qui livrent une cosmologie et fournissent un sens à l’existence mais qui n’ont pas pour but de relier les hommes aux forces surnaturelles, 2) de la magie individuelle qui vise à obtenir des résultats empiriques par l’utilisation de techniques empiriques, 3) des organisations déistes comme la Franc-maçonnerie qui reconnaissent l’existence d’un Grand Architecte de l’univers mais dont les cérémonies ne sont pas orientées vers la mise en relation de l’homme avec celui-ci.

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18. novembre 2007

Le Contenu de la Scientologie

La Scientologie comporte une cosmologie, une anthropologie, une éthique, des cérémonies religieuses, une méthode d’audition, une technique de purification du corps, des méthodes d’entraînement, une théorie de la communication.

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17. novembre 2007

La cosmologie : le surnaturel scientologique

Le fondateur, Ron Hubbard (1911 – 1986) renoue avec la thèse des Esprits primordiaux. Il affirme qu’avant la naissance de l’univers, il existait des esprits appelés thétans. C’était des êtres immatériels, sans masse, sans limites temporelles, n’occupant aucun espace, omniscients, omnipotents, indestructibles, immortels et capables de créer toute chose. Ces êtres immatériels avec l’être Suprême créèrent l’univers. Oisifs, ils souffraient de leur propre immortalité. Pour se distraire, ces entités impalpables décidèrent de créer l’univers. En faisant cela, ils se prirent à leur propre piège et ils s’engluèrent dans leur création – et plus particulièrement dans l’homme – c’est-à-dire dans le temps, dans l’espace, dans l’énergie, dans la matière, allant même jusqu’à oublier qu’ils en étaient les créateurs. De ce fait, ils perdirent leur puissance et leur omniscience et devinrent des hommes vulnérables. Depuis ce temps, ils retournent vie après vie, habiter des corps différents. Aujourd’hui, les thétans ont oublié leur véritable identité spirituelle et ils croient être des corps humains. L’homme a donc une origine spirituelle : il est à la fois un corps, un psychisme et un thétan.

On trouve là une version gnostique de la chute de l’homme parfait dans l’imperfection ainsi qu’une transposition du drame grec où les Dieux se mêlent des affaires des hommes et se font piéger.

Une libération doit mettre fin à la succession des vies. La Scientologie veut rapprocher l’homme de l’état de thétan originel.

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16. novembre 2007

Les dynamiques et l’éthique

Par Régis Dericquebourg

La Scientologie traite de la force motrice de l’Univers et du sens de l’existence.
L’univers est mis en action par une pulsion dynamique qui est une force au service de la survie, laquelle est le principe même de l’existence. Elle varie selon les individus et les races. Elle dépend de la physiologie, de l’environnement et de l’expérience. Elle influence la ténacité de l’individu envers la vie et l’activité de l’intelligence considérée comme l’aptitude d’un individu, d’un groupe ou d’une race à résoudre les problèmes relatifs à la survie.

La moralité d’un individu se juge en fonction des actions qu’il accomplit en vue de la survie.
Dans cette perspective, le bien est ce qui est constructif, le mal est ce qui va à l’encontre de la survie. On peut noter que la morale scientologique n’est pas un ensemble de recommandations (morale close chez Bergson). Elle est le fruit d’une compréhension et d’une intériorisation du sens de la vie qui agit comme une boussole personnelle. Il s’agirait d’une morale ouverte.

Dans la Scientologie comme dans les groupes spiritualistes il n’y a pas de pêché. Il y a des erreurs qui sont des actions destructrices contre l’homme, contre la famille, contre la société, contre Dieu. Le repérage des fautes et la réparation de celles-ci font partie du travail d’éthique.

La pulsion dynamique devient plus complexe à mesure que l’organisme devient plus complexe. Chez l’homme « normal » (non aberré), elle se divise en huit domaines qui correspondent à des objectifs.

  1. La dynamique du soi consiste en une pulsion dynamique à survivre en tant qu’individu, à obtenir du plaisir et à éviter la douleur. Elle se rapporte à l’alimentation, aux vêtements, au logement, à l’ambition personnelle et aux objectifs généraux de l’individu.
  2. La dynamique du sexe dirige la procréation.
  3. La dynamique du groupe gouverne le domaine de la vie sociale. Elle favorise les conduites destinées à maintenir la survie du groupe auquel l’individu appartient.
  4. La dynamique de l’humanité englobe la survie de l’espèce.
  5. La dynamique de la vie pousse la personne à travailler pour la vie en elle-même. (Toutes les choses vivantes, plantes, animaux).
  6. La dynamique de l’univers physique est la pulsion de l’individu à accroître la survie de tout ce qui est matière, énergie, temps et espace.
  7. La dynamique de la pensée concerne la pulsion de l’individu à survivre en tant que pensée et en tant qu’être spirituel.
  8. La dynamique de la pensée universelle est la pulsion à survivre pour le créateur ou l’être suprême.

Seules les quatre premières dynamiques se rapportent à la Dianétique. Les autres, ajoutées en 1950, de caractère métaphysique sont traitées dans la Scientologie.

Le fidèle est invité à se mettre en accord avec toutes les dynamiques. Des questionnaires d’auto exploration lui permettent de faire le point sur sa condition dans chacune d’elle. Avec l’aide d’un ministre d’éthique, il recherche les moyens de remédier à des conditions défaillantes.

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15. novembre 2007

L’anthropologie scientologique

Par Régis Dericquebourg

L’enseignement de Ron Hubbard comporte une conception de l’individu dans laquelle le corps et le psychisme sont intimement liés.

À partir de ses recherches concernant le mental et la nature humaine, LRH écrivit en 1950 « La Dianétique, la puissance de la pensée sur le corps » qui devint immédiatement un bestseller et entraîna la création des organisations de Dianétique. À cette époque la Dianétique s’adressait uniquement au mental comme moyen de soulager l’individu de traumatismes mentaux. Néanmoins, au début des années 1950 Mr Hubbard continua ses recherches et entra dans le royaume de l’esprit en découvrant que l’homme est un esprit immortel qui a vécu d’innombrables vies et transcende la dimension physique. La première église de Scientologie fut fondée en 1954.

En Scientologie, le psychisme est comparable à un ordinateur composé de trois instances principales : le mental analytique, le mental réactif et le mental somatique.

La première figurerait l’intelligence, faculté infaillible qui serait le centre conscient de la personne (le « je » ou personnalité de base). Cet analyseur qui serait analogue à un processeur et travaillerait à partir des perceptions (stimulations du monde extérieur), avec l’imagination et les souvenirs contenus dans la banque mnémonique standard. Cette mémoire reçoit de la naissance à la mort, pendant la veille comme pendant le sommeil, les renseignements transmis par les organes des sens qu’elle archive intégralement, Chronologiquement, dans divers fichiers (banque auditive, visuelle, tactile …) qu’elle tient à la disposition du mental analytique. Celui-ci réfléchit en permanence. Il se fait transmettre sans cesse les duplicata des documents archivés, il les évalue, les compare pour fournir des réponses justes aux problèmes que l’individu rencontre. Pour accomplir les tâches habituelles comme marcher, dactylographier… sans s’encombrer d’informations inutiles, il confectionne des circuits prêts à agir et qui froment le régulateur de fonctions acquises. En principe, le mental analytique est une sorte de « processeur » rationnel, infaillible qui ne provoque aucun désordre psychique ou psychosomatique.

Le comportement aberrant est provoqué par le mental réactif qui est un réservoir d’engrammes. Ces derniers ne sont pas exactement des souvenirs ; ce sont des enregistrements complets dans leur moindre détails de toutes les perceptions reçues par le sujet pendant un moment d’inconscience total ou partielle (évanouissement ou anesthésie, par exemple).

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14. novembre 2007

L’audition

Par Régis Dericquebourg

La Scientologie est surtout connue par sa méthode d’audition. Pour les scientologues, elle est une voie spirituelle méthodique.
De quoi s’agit-il ?
L’audition a pour but de retrouver tous les événements de la vie présente ainsi que toutes les vies antérieures – sur la piste du temps. Parmi les faits retrouvés, les plus intéressants sont les épisodes traumatisants auxquels est aliénée une quantité d’énergie qui réduit les capacités car elle entrave l’action et la pensée rationnelle. Le travail de remémoration de ces événements et leur parcours (2) libère, par l’abréaction, l’énergie liée aux incidents qui se trouve ainsi disponible. Il s’ensuit un sentiment de bien-être. D’autre part, les incidents du passé sont considérés comme la source de maladies physiques ou psychiques. Leur reconnaissance et le travail que l’audité opère sur eux est sensé les effacer. Par exemple, une personne qui éprouve de l’angoisse retrouvera peut-être pendant l’audition qu’elle a été étranglée dans une vie antérieure. En parcourant l’incident traumatique, elle se libérera de l’angoisse qui a accompagné l’événement passé.
On ne peut s’empêcher d’évoquer à ce propos la construction d’un mythe personnel dans la cure chamanique dont parle Levi-Strauss dans l’Anthropologie structurale (4).
Dans la terminologie hubbardienne, l’audition de Scientologie utilise les capacités du mental analytique pour vider le mental réactif de ses engrammes nocifs qui entravent les aptitudes pour retrouver la puissance du thétan incarné.
L’audition produit deux choses :
1)    par l’exploration du passé, elle montre rapidement à l’adepte qu’il est un esprit tout-puissant incarné limité par sa condition d’homme,
2)    l’effacement d’engrammes conduit à l’état de « Clair » (5).

L’élimination des engrammes aide à régénérer l’être. Elle se traduit par l’accroissement de la force vitale, avec une plus grande capacité à survivre, un sentiment de puissance et de meilleures aptitudes qui se mesurent sur l’échelle des tons.

Pour les scientologues, l’audition est une forme de conseil pastoral. Brian Wilson partage ce point de vue (dans « Scientologie », écrit en 1994) en considérant que la Scientologie manifeste la systématisation de la relation avec l’esprit, une orientation que l’on retrouve dans le méthodisme.
Pour nous c’est une forme de rationalisation de la vie religieuse.

Les scientologues insistent sur le fait que l’audition est d’abord et avant tout une aventure spirituelle qui permet d’accéder à la partie spirituelle et immortelle de l’homme, comme dans les religions orientales.

C’est à travers l’audition que le thétan devient certain de son immortalité et qu’il est capable de grandir spirituellement. À travers l’audition l’homme acquiert une plus grande compréhension de sa spiritualité et de sa relation avec l’Etre Suprême. L’audition permet également à l’homme de devenir plus compréhensif et capable tout au long des huit dynamiques.

Certains détracteurs de la religion ont comparé la Scientologie à une forme de psychothérapie.  Cependant les méthodes et les rituels ne sont pas les mêmes, et ils ont des buts totalement différents : la psychothérapie s’occupe du mental ; le but de la Scientologie est le salut de l’esprit.

1) La personne auditée comprendra la dualité de l’homme et, en découvrant les vies passées, elle comprendra la permanence d’un principe unique présent tout au long de ses vies ;
2) La Scientologie traite aussi du thétan. En soulageant le thétan des masses mentales et corporelles, il retrouvera sa puissance initiale ; L’individu que représente le thétan deviendra une espèce de « libéré-vivant » (jivan mukti).

(2) – Parcourir consiste à se remémorer, à le raconter autant de fois qu’il le faut pour qu’il ne produise plus d’émotion. L’auditeur peut le repérer par le va et vient de l’aiguille sur l’électromètre jusqu’à ce qu’il ne provoque plus de réactions émotives.
(3) – Régis Dericquebourg : Religions de guérison, Paris, Cerf, 1988.
(4) – Levi-Strauss : Anthropologie structurale, Paris, Plon, 1958.
(5) – un « Clair » est une personne qui a effacé tous ses engrammes.

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13. novembre 2007

Entraînement religieux

Par Régis Dericquebourg

L’autre pilier de la pratique religieuse appelé « l’entraînement » consiste en une étude intensive des écrits pour l’illumination spirituelle et la formation du clergé scientologue.

Les scientologues considèrent qu’ils doivent montrer leurs qualités d’êtres spirituels dans toutes les situations de la vie. Ils trouvent ce chemin en étudiant les écrits scientologues. Les études dans un but d’illumination se retrouvent dans d’autres religions telles que le Judaïsme avec le Talmud, les enseignements de Bouddha et les écritures ésotériques. De plus d’après les scientologues l’entraînement et l’audition vont de pair. On doit augmenter en même temps ses aptitudes, ses responsabilités et son savoir. On découvre que l’on peut agir avec la puissance d’un thétan réincarné et communiquer avec les autres êtres spirituels. Par exemple, lors de l’entraînement les scientologues apprennent également « comment auditer » pour découvrir dans l’autre le processus de spiritualisation et pour exercer leur responsabilité de croyant.

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12. novembre 2007

Les cérémonies

Par Régis Dericquebourg

L’Eglise de Scientologie a un ensemble de cérémonies religieuses que l’on retrouve traditionnellement dans les principaux courants religieux : les cérémonies de baptêmes, les services du dimanche, les mariages, les enterrements.

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11. novembre 2007

L’organisation

Par Régis Dericquebourg

L’Église de Scientologie a une organisation complexe, typique à la civilisation moderne, établie avec un grand nombre d’entités. Chaque religion emprunte le mode de fonctionnement du siècle où elle est apparue. Récemment, les Témoins de Jéhovah ont emprunté les méthodes d’organisation de l’ère industrielle, tandis que la Scientologie a adopté le style de l’ère post-industrielle.

Le but de l’organisation est de gérer et de reproduire les biens du salut. Elle est vouée à une expansion internationale.

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